Au Revoir là-Haut (2017)

Nouveau film de Dupontel que je vénère aussi bien en tant que réalisateur qu’humainement, c’est peu dire si j’attendais avec impatience cet « Au Revoir, Là Haut » adapté du roman de Pierre Lemaitre, lauréat du Goncourt 2013.
Bon, déjà, je vous annonce direct que je n’ai pas lu le livre.
Parce que tout simplement, il ne m’intéressait pas à l’époque.
Ce qui m’intéressait dans ce film c’est uniquement la présence et la réalisation de Dupontel ainsi que sa bande annonce mélangeant moments de poésie et de drames liés à la grande guerre.
Et maintenant que j’ai adoré ce film, je vais peut-être revoir ma position sur le livre…
Bref…

« Au Revoir, Là Haut » est un film merveilleux.
Et puis allez, osons le dire, c’est certainement le meilleur film de Dupontel dont la filmographie n’a pourtant pas à rougir.
Car dans ce film notre cher Albert réussit à mettre en image ses obsessions de réalisateur tout en gardant cette mesure qui sied aux grands films. Il semblerait qu’il ait trouvé ici le parfait dosage de son art, sans que cela ne desserve le propos du film ainsi que l’ampleur de son histoire.

Il y a toujours ce côté anar, ce côté rebelle chez lui. Il joue toujours un personnage un peu simple, voire benêt. Il place toujours de l’humour noir et un côté grand guignol caractéristique à son oeuvre. Il insère encore une fois de la poésie et de la tendresse dans son film par le biais de personnages sortant des clichés du genre.
Ce nouveau long métrage est donc clairement un film d’Albert Dupontel.
A n’en point douter.
Mais le tout est mixé avec une élégante maestria.

Il nous propose ici un grand film du cinéma français comme on pensait ne plus en voir.
Étouffé qu’il est actuellement par les codes de la télévision.
Nous avons ici affaire à une fresque historique épique, émouvante, poétique et émaillée d’un humour parfaitement distillé.

Les superlatifs sont trop faibles pour décrire à quel point Dupontel à su adapter une oeuvre littéraire et se l’approprier sans en dénaturer le sujet (car oui, je ne l’ai pas lu mais ma compagne m’a grandement parlé du livre).
C’est un tour de force sublime qui se déroule sous les yeux du spectateur. Une aventure prenante. Un véritable pamphlet politique anti-guerre qui nous prend aux tripes. Passant de la rudesse et l’horreur de la première guerre mondiale dans les premières minutes du film et allant jusqu’au drame intimiste dans ses derniers instants; « Au revoir, Là haut » bouleverse et invite à réfléchir.

Tout y est réalisé,accompli et couché sur la pellicule avec une attention extrême. C’est un chef d’oeuvre chouchouté par son réalisateur que ce film.
Visuellement et techniquement, le film apporte presque un souffle nouveau au cinéma français. Évoquant à la fois du Renoir et du Jeunet des grandes heures.

Puis que les acteurs sont époustouflants!
Dupontel est à son meilleur, évidemment. Pathétique mais émouvant.
Et Laurent Lafitte est glaçant et impérial dans le rôle du méchant. Moi qui ne m’intéressait pas spécialement à cet acteur, je peux dire qu’avec cette prestation et celle que j’ai pu voir dans le film « Elle »; je comprends mieux l’apposition du fameux « de la Comédie Française » à côté de son nom.
Et que dire de Nahuel Perez Biscayart?
Cette révélation crève l’écran dans le film!
Ce jeune acteur que j’ai découvert dans « 120 Battements Par Minute » (il faut le voir! Voyez le!) m’avait déjà époustouflé. Et il confirme ici tout le bien que je pensais de lui.
L’intensité de son jeu m’a scotché alors qu’il est quasiment constamment masqué dans le film. Juste par son regard et l’intonation de sa voix (si l’on se concentre, on peut arriver à comprendre ce qu’il dit), il transmet énormément d’émotions. Un futur grand du cinéma. Véritablement un acteur à fleur de peau comme on en voit peu.
Ajoutez à cela un Niels Arestrup autoritaire mais touchant et jouant très juste et vous obtenez un casting de rêve pour un scénario qui leur sied à merveille.

Les images sont aussi très belles. Le film est souvent noir et sombre mais il y recèle une impression de beauté fanée constante. Cette impression de décrépitude est appuyée par le marasme ambiant qui semble cerner nos protagonistes. Eux, préférant s’échapper par le biais du surréalisme dans un monde onirique et fou représenté visuellement par les différents masques (enfin surtout Edouard, Maillard essayant de rester plus terre à terre).
Ce mélange des genres, cette opposition entre le misérabilisme très lucide d’un Maillard et la fuite fantasque de la réalité d’Edouard donne au film un ton constant d’étrangeté et apporte une sensation presque irréelle. Comme un doux songe au milieu de l’horreur et de la folie humaine…

C’est romanesque. Épique. Baroque. Noir. Immensément poétique et touchant.
Porté par des acteurs investis et jouant juste ce qu’il faut pour insuffler à cette histoire une émotion palpable mais pas du tout guimauve. Le film ne sombre jamais dans la facilité larmoyante ou dans l’excès d’humour mal placé.
Ce long métrage est une fresque historique permettant au réalisateur d’exprimer sa férocité anti- système ainsi que sa bizarrerie caractéristiques sans que cela ne dépareille.
De plus, ce film impose une oeuvre lyrique excentrique qui égratigne le cinéma plan plan (et planqué) français malgré sa grande ampleur financière.
C’est une oeuvre aboutie. Une oeuvre surréaliste mais pourtant si terre à terre dans sa dureté.
Un film qui fera date dans l’histoire du cinéma français et qui finira d’asseoir Dupontel comme un réalisateur couillu et visionnaire sur lequel il faut compter.

Ma note: 9/10

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