Barry Seal : American Traffic (2017)

Qui osera encore dire après ce film que Tom Cruise n’est plus qu’un acteur de films d’actions, qu’un producteur sans ambitions ne comptant plus que sur ses licences phares et ne prenant plus de risques?
Barry Seal est un joli pied de nez aux détracteurs du bonhomme.
Et c’est même un joli film tout court.

Réalisé par Doug Liman (que Cruise retrouve après le très réussi Edge of Tomorrow), ce Barry Seal est un étonnant biopic mêlant drame et comédie.
Nous contant les aventures rocambolesques du sieur Seal, ancien pilote de ligne des années 70 qui fut chopé par la CIA pour un bête trafic de tabac et qui se retrouva contraint de bosser pour elle.
Comptant sur ses compétences exemplaires de pilote, l’organisation gouvernementale américaine lui demanda d’accomplir plusieurs tâches plus ou moins ingrates et/ou dangereuses telles que faire du trafic d’armes pour des groupuscules révolutionnaires ou photographier depuis les airs des supposés camps communistes d’Amérique Centrale ou du Sud.
Mais ce que ce bougre va faire durant toutes ces années; c’est jouer un double jeu en se payant le luxe de faire du trafic de drogue sous couverture de ces missions en travaillant pour des personnages historiques aussi réputés et peu recommandables que le général Noriega ou encore Pablo Escobar.
Il va donc gentiment s’enrichir jusqu’à ce que, bien évidemment, le tout aille trop loin et capote, transformant la vie de Barry Seal en véritable bourbier. Basculant du rire au drame.

Déjà, la vie de Seal, bien que forcément modifiée ici, est une vie de dingue!
Incroyable de voir qui il a côtoyé durant toutes ces années et de voir comment il s’en est sorti pendant autant de temps. C’était un personnage sacrément culotté et forcément cynique.
Son histoire est donc passionnante à suivre et Liman réussit à encore plus nous passionner en transformant cette folle existence en une comédie décomplexée « too much » et avec un arrière goût acide pas déplaisant.
Le tout bien servi par un Tom Cruise investi comme jamais (comme toujours ou presque) dans son rôle.

Ne le cachons pas, le film est clairement porté par les seules épaules de Tom Cruise.
Mais on a étrangement pas l’impression qu’il phagocyte tout le long métrage par sa présence. Il sait jouer juste ce qu’il faut pour ne pas sombrer dans le cabotinage ou la démesure. Il sait être drôle tout en restant mesuré. Et il sait s’effacer pour faire exister les autres personnages quand il le faut.
Et que c’est bon, il faut le dire, de le retrouver à nouveau en lâche, fourbe, opportuniste (comme dans Edge of Tomorrow tiens, tiens…) qui n’hésite pas à égratigner son image de playboy en apparaissant la gueule bien tuméfiée avec option dents en moins à l’écran.
Ah, ça fait plaisir!!!!

Le film est fort car il s’appuie sur des faits historiques, nous exposant bien les situations géopolitiques de l’époque sans que cela soit trop lourd ou rébarbatif. Le tout est toujours fluide et intéressant.
A noter que le film a constamment ce feeling fun qui fait que l’on se retrouve avec un sourire niais devant l’écran sans vraiment savoir pourquoi.
Le tout est très agréable à regarder, très bien écrit, et cela se ressent car aucun temps mort n’est vraiment à noter.

Nous faisant sourire mais nous amenant habilement à des scènes plus dramatiques et à des moments de véritable tension pour notre héros, Barry Seal jongle entre ces différents tons avec une facilité déconcertante.

Que dire de plus sur cette histoire abracadabrantesque mais pourtant vraie d’un homme culotté mais pas forcément habité de bonnes intentions qui aura à la fois ri au nez des plus grands cartels de drogue des années 80 mais aussi du gouvernement américain?
Ah si.
Il ya derrière cette légèreté comique et ce ton fun, une bonne critique acerbe de l’Amérique qui n’hésite pas à se salir les mains pour arriver à ses fins mais qui, dès lors que ses agissements sont dévoilés aux yeux de tous, n’hésite pas à se retourner lâchement contre ses anciens alliés. Une évidente démonstration, désormais bien connue malheureusement, de l’hypocrisie de nos gouvernements se voulant régisseurs du monde libre…

C’est donc un film agréable et réussi que nous propose le tandem Cruise/Liman qui vaut pour son humour et sa construction sympathique. Long métrage porté par un Cruise éblouissant (mention spéciale aussi à l’actrice incarnant son épouse) qui fera du bien à sa filmographie. Un plaisir assumé.

Ma note: 8/10.

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