BLACK PANTHER (2018)

Premier film Marvel Studios mettant un vedette un super héros black (et non pas premier film de super héros avec un noir en vedette…les gens ont décidément la mémoire courte), Black Panther était assez attendu au tournant. Mais pourquoi donc?

Et bien pour plusieurs raisons.

Déjà, effectivement, c’est une première pour le studio avec un noir en tête d’affiche et surtout une première dans ce film car pour la première fois ce ne sont pas les USA ou le monde qu’il faut sauver mais un pays d’Afrique fictif. Ce qui inclut une assez importante représentation de la culture africaine ainsi qu’un casting quasiment uniquement afro américain pour le film. Aussi, car c’est une énième origin-story nous présentant un nouveau super héros et qu’il fallait éviter la redite dans un univers cinématique qui commençait à beaucoup trop ronronner. Il fallait surprendre, oser, par peur de définitivement lasser le public qui est de plus en plus convaincu par les nombreuses critiques (justifiées ou non) faites aux films Marvel.

Qu’on se le dise, ce Black Panther est un grand cru des studios Marvel. Une réussite qui se place dans le haut du panier des films du studio. Contrastant assez étrangement avec le dernier en date que fut Thor Ragnarok qui misait tout sur le fun, ce Black Panther étonne par son sérieux et son contenu très mature. Posant de véritables questions aux enjeux géopolitiques et moraux, il casse le moule Marvel en lorgnant plus vers un Dark Knight par bien des aspects. Black Panther semble être amené à devenir le Batman de l’univers Marvel (ce qu’il n’est pas vraiment dans la BD) de par sa richesse et les nombreux gadgets qu’il utilise grâce au vibranium dont son pays est abondamment doté. Il est aussi une sorte de Batman par bien d ‘autres aspects. Ses déplacements discrets et furtifs profitant de la pénombre et surtout les questionnements alambiqués qui taraudent notre héros ainsi que tous les protagonistes qui l’entoure. Rien n’est tout noir ou tout blanc dans l’univers de Black Panther. Rien n’est gravé dans le marbre et tout est très subtil. Et bordel, que c’est plaisant!

 

On est pas là pour rigoler les gars!

On doit cette réussite au réalisateur surtout, Ryan Coogler, qui avait su  admirablement redonner vie à la licence Rocky avec le film Creed qui fut convaincant et fort bien réalisé. Ici, l’on retrouve sa patte caractéristique à travers quelques scènes. Notamment celle de la baston en plan séquence qui virevolte d’un personnage à l’autre nous rappelant le combat en plan séquence de Creed. Et il faut dire que ce mec sait filmer!

Certains plans sont inédits dans les productions Marvel et il sait laisser le temps à la caméra de se poser et nous raconter une histoire. Là où tout allait trop vite dans les productions précédentes, ici le réalisateur prend le temps de nous exposer les décors sublimes à travers des plans larges qui savent s’attarder avec justesse. Il sait nous présenter le Wakanda et sublimer ce qu’il filme. Il sait nous teaser un univers dense et qui attise notre curiosité. Il sait mettre en scène et filmer les moments intenses et d’émotions avec quelques idées de réal pas forcément novatrices mais juste à propos. Rien que de filmer à l’envers sur un certain plan pour bien appuyer le fait que cela ne va pas comme cela devrait être avant de lentement se remettre à l’endroit pour indiquer que le nouvel ordre établi est ainsi est la preuve que cet homme sait ce qu’il fait et sait nous raconter une histoire par le biais de l’image.

L’histoire est classique. T’Challa, depuis le décès de son père dans Captain America 3: Civil War est le nouveau souverain du Wakanda. Il est aussi par tradition le nouveau Black Panther. Seul hic, son pays profitant des incroyables technologies offertes par le vibranium est largement en avance sur le reste du monde. Mais le Wakanda a décidé de rester caché et de ne pas exposer sa technologie. Se pose alors la question de l’égoïsme d’une nation qui cherche à se protéger d’autrui mais cela aux dépens d’autres qui souffrent et pourraient être aidés par cette technologie. Cruel dilemme que le nouveau roi va se devoir de régler. Ajoutons à cela la traditionnelle gueguerre avec un antagoniste très réussi pour le trône et on obtient une sorte de Roi Lion version Marvel. Lol. Si certains critiquent ce scénario un brin identique au  classique de Disney, sachez que le Roi Lion est une histoire traditionnelle africaine et qu’il n’y a rien de plus normal que Black Panther se calque légèrement sur ce scénario puisqu’il fait la part belle à la culture africaine.

Effectivement, le film est un grand cri d ‘amour pour l’Afrique.

Présentant plusieurs dialectes africains et en ayant un casting quasiment uniquement composé d’afro-américains, cette œuvre est une première dans le monde fermé des blockbusters hollywoodiens. Et cette représentation de la culture africaine y est fait de fort belle manière. Que ce soit les décors tous imprégnés de l’architecture africaine aux costumes sublimes inspirés par plusieurs tribus, on est directement plongé dans les traditions de ce continent trop souvent mis de côté et pourtant berceau culturel indéniable. Bravo à Marvel d’avoir su faire honneur à ce continent sans foncer tête baissée dans des raccourcis « cliché-esques » qui auraient décrédibilisés toute bonne intention concernant ce long métrage. Puis parlons de la musique qui plonge encore plus dans l’ambiance. Le film est imprégné de musiques émanant de la culture africaine et/ou afro-américaine. S’intégrant parfaitement au scénario l’on passe du chant traditionnel africain, aux percussions puis au hip-hop plus contemporain. Cela change et concorde parfaitement!

Au cas où, l’Afrique c’est ça. Juste au sud quoi…

Le casting est aussi convaincant. Encombré de gros calibres tels que Forest Whitaker, Angela Bassett, Lupita Nyong’o, Daniel Kaluuya (mais si le mec de Get Out et Black Mirror!) et tant d’autres. A noter l’actrice incarnant Michonne de Walking Dead dans un rôle plus complexe qu’il n’y paraît et qui fait du…Michonne. Au milieu de ce cast exclusivement black, Martin Freeman, notre cher hobbit et docteur Watson ainsi qu’ Andy Serkis qui représentent le minima blanc du film qui se dépatouillent aussi très bien.

Puis n’oublions pas nos têtes d’affiche, Chadwick Boseman qui incarne un Black Panther convaincant et torturé. Humble et digne, apprenant peu à peu à être roi et nous montrant un développement personnel qu’un Thor aurait dû atteindre dans ses propres films. Oui, il y a quelque chose de très Shakespearien dans ce Black Panther aussi. La relation père- fils étant au centre des débats. Et surtout, oui surtout, l’acteur formidable qu’est Michael B. Jordan (un habitué du cinéma de Coogler vu dans Chronicles et Creed justement) qui incarne un antagoniste parfait. Oui, vous lisez bien. Depuis Loki, Marvel a enfin réussi à nous proposer un méchant intéressant avec un bon background et du relief! Il est génial en Killmonger et sa place est aussi importante dans le film que celle de Black Panther. Il n’est pas vraiment un simple bad guy juste méchant (ça, c’est laissé à Andy Serkis). On comprend ses actions ainsi que son point de vue d’autant plus lorsque l’on sait que ce qu’il souhaite c’est aussi ce que souhaite la petite amie de Black Panther. Et oui, comme je le disais, rien n’est tout blanc ou tout noir et ça c’est très intéressant dans ce film. Et quasi nouveau pour du Marvel au cinéma.

mmmhhh…sexy chocolate!!!

Bien évidemment, Coogler en profite pour donner des leçons à l’Amérique et au reste du monde concernant l’Afrique. N’évitant aucun sujet sur ce continent. Pillage des richesses du continent par les puissances industrielles, esclavagisme moderne, appropriation et/ou destruction des cultures, isolationnisme, pauvreté, aide humanitaire… Le film est un véritable plaidoyer intelligent qui ne se contente pas juste de poser une morale facile mais prend bien le temps d’exposer le pour et le contre de chaque chose. Oh oui que cette maturité fait du bien! Du contenu, enfin du contenu intelligent et profond chez Marvel!!!

Oh bordel, on m’avait pas dit que gouverner serait si dur…

Voilà; même si Black Panther reste un produit très calibré Marvel et ne brise pas les codes, il aura au moins le mérite de nous proposer un film plus intelligent, plus posé et moins tapageur qu’à l’accoutumée. Cri d’amour assumé et réussi pour l’Afrique, il divertit en restant sérieux et malin dans son ensemble (bon y’a tout de même un peu d’humour notamment avec le personnage de la petite sœur de T’challa). Sorte de mix entre Batman et un James Bond, ce film mérite assurément d’être vu . Avec une réalisation aux petits oignons, un casting mirifique ainsi qu’un scénario où chaque personnage à son utilité ainsi que ses dilemmes moraux; nous avons là droit à un excellent film d’aventure. Si je devais pinailler, je dirais que certains effets spéciaux sont assez ratés et évoquent plus le jeu vidéo que la grosse production cinématographique mais bon…C’est souvent le cas avec ce genre de film.

Ma note: 8,5/10.

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