CLAYMORE de NORIHIRO YAGI (2001-2014)

Claymore est un Shonen (manga s’adressant surtout aux jeunes garçons comme Dragon Ball, One Piece…) se déroulant dans un univers fictif où tout nous évoque plutôt l’époque médiévale.
Dans ce monde, des démons sévissent et traumatisent l’humanité depuis des siècles. Sortes d’individus à l’apparence humanoïde monstrueuse, ils se nourrissent des entrailles des humains en se dissimulant parmi eux puisqu’ils ont la capacité d’être protéiforme.
Le seul moyen qu’a trouvé l’humanité pour contrer cette menace insidieuse s’appelle les Claymore.
Des femmes guerrières aux yeux argentés et à la chevelure blanche aux capacités supérieures et se servant d’une énorme épée aux dimensions humaines pour se battre. Cette épée est dénommée Claymore, d’où le nom de ces guerrières.
Là où c’est glauque, c’est que pour que les demoiselles aient des capacités supérieures, elles sont recueillies enfants, souvent orphelines, et ont leur implante de force des entrailles de démon dans le corps afin qu’elles obtiennent leurs capacités. Elles grandissent élevées comme des armes de guerre au sein de l’ Organisation (le groupe qui a créé les Claymore et qui les gère) dans le seul but d’aller sur les champs de bataille jusqu’à la mort. Cette part de démon en elles, leur permet de les repérer et augmente leur force, leur résistance et leur offre aussi une capacité de régénération exceptionnelle.
Vous l’aurez compris, le pitch plutôt sombre et désespéré évoque plutôt le Seinen (manga pour adulte car très violent et avec du contenu sexuel explicite) et rappelle fortement Berserk (le maître étalon du genre, d’ailleurs son héros, Guts, y combat aussi armé d’une Claymore) mais il reste avant tout un Shonen. La violence graphique y étant plutôt édulcorée malgré des membres déchirés à tout va et un monde très porté sur les viols et j’en passe…
La force de ce manga est surtout le fait que les personnages principaux soient des femmes. Effectivement, il est très rare que le personnage principal d’un Shonen soit une femme. Habituellement, elles servent plutôt de faire valoir au héros dans ce genre d’histoires. Ici, il n’en est rien. Tous les combattants sont des femmes. Des femmes fortes. Il y a même très peu d’hommes dans l’histoire. Et ça c’est louable et culotté pour le genre.
Notre héroïne Claire est une femme forte, tourmentée par son passé et en proie aux doutes face aux véritables intentions de l’Organisation.
Le manga est donc un rafraichissant panel de femmes puissantes et d’un caractère bien trempé loin de la nunuche habituelle.
Les Claymore sont aussi diverses que variées mais moi je retiendrai surtout Miria la Chimère, qui est pour moi le personnage fort et le plus intéressant de cette histoire. La bad-ass réfléchie et meneuse d’hommes qu’on aimerait tous côtoyer.
Après il y a tout un tas de personnages intéressants comme Priscilla, Thérèse, Rigald…
Le manga prend son envol scénaristique à partir du tome 9 (il y en a 27) dès le début de la guerre nordique. Les ramifications de l’histoire se font plus grande et les mystères commencent à imprégner le scénario. Nos Claymore commencent à sérieusement douter de l’Organisation qui a détruit leurs vies afin de combattre un ennemi dont on en apprend de plus en pus au fil des tomes.
l’autre point fort du manga c’est le design des démons. Il faut savoir qu’il existe chez les Claymore ce que l’on appelle « l’exaltation » , c’est à dire que lorsqu’elles font trop appel à la part de démon en elles, elle deviennent elles-même démons et ce sans espoir de retour. Ces démons d’un nouveau genre bien plus puissants que les traditionnels sont appelés Exaltés et lorsque les Claymore les plus puissantes de l’Organisation s’exaltent, on les nomme Abyssaux.
Ces Exaltés et Abyssaux ont des designs monstrueux et complètement dingues ainsi que des capacités qui peuvent s’avérer parfois très étonnantes et ingénieuses.
Cela apporte encore plus une touche sombre à l’oeuvre car les guerrières se voient dans l’obligation de tuer leurs anciennes camarades de combat. Ces Exaltées ne cherchant comme les démons plus qu’à se nourrir de chair humaine. Leur conscience noyée dans un torrent de contradictions et de pulsions morbides. Cela amène des scènes réellement touchantes et l’on ressent la solidarité forte qui unit ces femmes ainsi que toute la détresse de leur situation. Elles qui n’ont rien demandé…
Et l’écart de puissance entre les Claymore et les Abyssales est tel que cela apporte à l’oeuvre aussi une sensation d’impasse. Très souvent, l’affrontement semble insurmontable et désespéré. Et c’est cool car ça nous maintient en tension.
Les 27 tomes se lisent très vite et condensent vraiment plutôt bien tous les archétypes du Shonen médiéval gore.
Au rayon des défauts je ne peux m’empêcher d’évoquer les dessins. Le dessinateur a du mal avec les visages. Surtout ceux des hommes, heureusement que ce ne sont pas les protagonistes principaux! Comme Toriyama, le papa de Dragon Ball, il a du mal a dessiner des personnages aux traits différents. Tous ont le même visage. Son seul subterfuge pour différencier les personnages est du coup de mettre à chacun une coupe de cheveu différente. En plus il se tire une balle dans le pied en partant du principe qu’une Claymore a forcément les cheveux blancs et les yeux argentés. Encore plus dur de différencier les personnages. Surtout qu’il y a beaucoup mais vraiment beaucoup de Claymore que l’on croise au fil de l’intrigue.
Hormis ces difficultés avec les traits des personnages, le reste du dessin est bon. Décors comme monstres sont très réussis.
Autre détail qui me chiffonne, c’est que dans le déroulement du manga une assez grosse révélation est faite à un moment promettant des possibilités et des ramifications passionnantes. Malheureusement, on en restera là. Cette énorme opportunité de développer l’univers ne sera pas plus exploitée. Juste évoquée pour faire avancer l’intrigue. Alors que l’on pouvait faire quelque chose de vraiment génial avec cette possible nouvelle intrigue. Alors, l’histoire se termine dans son entièreté et boucle toutes ses intrigues mais on ne peut s ’empêcher d’avoir ce goût amer à la fin du « ah, on aurait aimé en voir plus… »
Claymore est un bon Shonen tirant fortement vers le Seinen. Sombre, touchant, violent et émouvant. Il tire sa force de ses personnages féminins qui arrivent à nous émouvoir et nous toucher sans être des nunuches classiques. Elles sont fortes, torturées et l’on a vraiment envie de les côtoyer.
Je conseillerai plutôt la lecture de cette histoire qui tient en haleine de bout en bout jusqu’à la dantesque et apocalyptique conclusion de cette intrigue immergée dans la tristesse et la solidarité.

Ma note: 7,5/10.

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