EX_MACHINA (2015)

Alex Garland signe avec ce Ex_Machina sa première réalisation, s’étant en premier lieu cantonné à écrire des scénarii tels que ceux de Sunshine ou 28 Jours Plus Tard. Et il nous offre pour ce premier film une œuvre de science fiction exigeante loin des blockbusters assourdissants dont le genre est abreuvé depuis des années maintenant. Ici, place au minimalisme, à la réflexion, à la lenteur des caméras. Bref, ça change et ça fait du bien!

C’est à un film d’anticipation pertinent auquel nous avons affaire aux bons relents féministes. Loin de la frénésie habituelle et de l’outrance voulue usuellement pour vendre le plus de pop-corn possible, Ex_Machina se laisse regarder avec douceur n’hésitant pas à s’arrêter sur de magnifiques plans reposants sur la nature.

Alicia Vikander électrise le film.

Caleb, 26 ans, est programmeur dans l’une des plus importantes entreprises d’informatique au monde. Il gagne un concours interne pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise qui jouit de sa fortune gagnée grâce à un moteur de recherche révolutionnaire. Nathan lui présente le véritable but de sa venue : il va participer à une forme de test de Turing face à une intelligence artificielle nommée Ava, pour déterminer si cette machine a ou non une conscience. Ava se présente sous la forme d’une androïde, a l’aspect général d’une femme mais certaines particularités montrent sa nature artificielle. Le bâtiment est très sécurisé et une carte magnétique permet à Caleb d’accéder aux seuls endroits qui lui sont autorisés. Tout le reste dans cette immense demeure n’est que mystères tout comme la véritable raison de sa présence ici…

Le film est très métaphysique. Nous questionnant sans arrêt sur ce qui différencie l’intelligence artificielle de l’intelligence humaine. Y en a -t-il une qui se vaut plus que l’autre? La machine est-elle plus humaine? L’homme ne risque t-il pas de se brûler les ailes à force de vouloir jouer à Dieu? Jusqu’où peut aller la science?

Des questionnements somme toute classiques dans un film de SF mettant en exergue des machines comme création humaine mais elles sont ici traitées avec retenue et sans chercher à donner quelque réponse que ce soit. Nous laissant nous perdre dans les méandres de cette aventure tortueuse et presque hantée tant la caméra y semble éthérée, perdue dans les couloirs labyrinthiques et bien trop éclairés de la maison de Nathan. Cela mettant en évidence la puissance intellectuelle lumineuse de Nathan qui possède de par le biais de sa création un potentiel quasi divin mais aussi les questionnements intérieurs du personnage de Caleb qui partent dans de nombreuses directions…Une mise en scène au service de l’histoire donc… Avec dans les dialogues toujours ce rappel à Dieu aussi. Nathan est-il un nouveau Dieu de ce monde? Une divinité pour les machines qu’il crée? Est-il un nouveau façonneur condamné à être renié et détruit?

« On est un peu à l’étroit ici non? »

Bref, un film fascinant qui réfléchit beaucoup mais fort heureusement sans trop nous ennuyer. Tout y est très bien filmé et très joli, puis l’ambiance musicale excellente contribuent à nous immerger dans cette histoire planante sans que l’on soit pressé que cela se finisse.

Puis comment parler de la prestation des acteurs, eux aussi tout en retenue, jouant juste comme il le faut. Et Alicia Vikander illumine le film de sa présence mécanique qui se révèle la plus humaine de toutes. Très touchante dans le rôle de cette machine cherchant sa place. Sa raison d’être. Glaçante aussi parfois…

Quoi ma gueule? Qu’est ce qu’elle a ma gueule???

Un sans faute pour un premier film. Une œuvre dense et belle qui se laisse regarder tout en douceur jusqu’à son apothéose finale matinée de révélations parfois dérangeantes et qui questionnent encore plus.

Ma note: 8/10.

 

Laisser un commentaire