Miss Peregrine et les enfants particuliers (2016)

Alors avant d’attaquer ma chronique je tiens à préciser que je n’ai pas lu le livre. Je pourrais donc parler de ce film sans passer par l’inévitable comparaison roman/film. Je ne parlerai alors que de l’objet cinématographique qu’il m’a été donné de voir.

Si j’ai vu ce film c’est avant tout pour Tim Burton même si je n’ai plus grand espoir en ce réalisateur. Le film me laissant plutôt froid car ce côté X-men (entendez par là des enfants ayant des pouvoirs spéciaux réunis dans une école sous l’égide d’un professeur à l’abri d’un monde qui leur veut du mal) pour tout public (oui, car on sent réellement le côté pécuniaire du truc) me semblait vraiment trop facile et opportuniste. Une sorte de Harry Potter pour le fantastique avec une pointe de sombre mais pas trop car faut que toute la famille puisse apprécier le déplacement mêlé à un côté super héros mais pas assumé car Tim Burtontim-burtons-miss-peregrines-home-for-peculiar-children oblige, faut que ce soit un minimum déviant; cela me semblait vraiment un projet cherchant juste à développer un univers exploitable jusqu’à l’usure. Mais, il y a eu de bonnes critiques. On annonçait un retour du sieur Burton en grande forme. Le livre (l’oeuvre de base donc) avait de bons retours et puis il y a ces photos d’époque qui ont servi de base à l’intrigue qui m’ont toujours plu et intéressé. Elles dégageaient un côté sombre, glauque et mystérieux qui m’interpellait.

Donc je suis allé voir ce film…et faut avouer que je suis loin d’être satisfait malgré les bonnes choses qu’on a pu me dire ici et là.

Je vais aborder cette chronique en énumérant les points positifs suivis des points négatifs.

Points Positifs.

-On retrouve les tics agréables et habituels de Burton. Ce macabre teinté d’images poétiques et de burlesque. De l’humour morbide. Quelques décors déglingués mais qui font pas forcément redite (comme dans le navrant Dark Shadows) et quelques plans ingénieux. Des passages horrifiques réussis qui font incursion dans un ensemble plutôt enjoués. Cela fait mouche.

-Le côté jeune homme mal dans sa peau qui ne se retrouve pas dans la société. La différence mal vécue, pas acceptée, étant le thème récurrent chez Burton. Son thème de prédilection on peut dire. Et il excelle dans la gestion de ces personnages différents justement.

-Asa Butterfield (le petit garçon du film Hugo Cabret qui a bien grandi) est plutôt bon acteur et suivre ses pérégrinations n’est pas désagréable.

-Certaines scènes sont vraiment bien réussies et proposent des plans magnifiques et poétiques que l’on croyait disparus de l’imaginaire de Monsieur Burton. Même si je soupçonne que toutes les bonnes idées de séquence ou de design proviennent du livre…

-Les Sépulcreux ont un bon design horrifique entre Carnage (le méchant de Spider-Man) et l’épouvantail. Un bon design même si le fait qu’ils sont entièrement faits en CGI saute assez aux yeux.

La musique est anecdotique. Elle ne dessert pas la magie des scènes si ce n’est celle du bateau qui se remplit d’oxygène où on finit par la remarquer quelques secondes.

DF-07907 - Meet some of the very special “Peculiars” - Left to right: Olive (Lauren McCrostie), Bronwyn (Pixie Davies), Millard (Cameron King), the twins (Thomas and Joseph Odwell) and Emma (Ella Purnell). Photo Credit: Jay Maidment.
DF-07907 – Meet some of the very special “Peculiars” – Left to right: Olive (Lauren McCrostie), Bronwyn (Pixie Davies), Millard (Cameron King), the twins (Thomas and Joseph Odwell) and Emma (Ella Purnell). Photo Credit: Jay Maidment.

Points négatifs.

-Le méchant incarné par Samuel Jackson est ridicule et surjoué. A force d’être dans trop de films, faut croire que Jackson ne cherche même plus à jouer et se contente de cabotiner à fond. Pour moi, ça n’est pas passé.

-Eva Green fait du Eva Green. Monolithique, froide…chiante quoi.

-Le film semble mal monté. On passe rapidement sur certaines choses qui demanderaient peut-être plus d’éclaircissements et on s’attarde sur de l’inutile à mon sens.

-Le troisième acte, à partir du moment où l’épave sort des flots, est complètement raté à mes yeux.

A partir de ce moment, j’ai l’impression que l’intrigue devient incohérente et les enjeux pathétiques. On y comprend plus grand chose entre les voyages hors des boucles temporelles et l’idée que si Jake (notre héros) tue Baron, tout redeviendra comme avant. Cette histoire de voyage dans le temps et de modification de l’espace temps se mord la queue. Pour moi c’est complètement idiot car ça contredit tout ce qui a été fait avec difficulté dans les rares bons films se basant sur les voyages dans le temps. Là, c’est débile à mon sens.

Puis toute cette scène what the fuck à la fête foraine sur fond de musique « dance-foire »…juste bouergh quoi! A croire qu’il fallait une pseudo scène de fin d’action impliquant tous les enfants. Du grand guignol trop grand guignol même pour un amateur du genre comme Burton. Le film semble lui échapper à ce moment là. Comme si le mec avait cédé aux exigences hollywoodiennes pour faire un bon petit film commercial. Amourette superficielle, cliché aux dialogues pathétiques. Check!Humour infantile à outrance mal amené mais qui fait tout de même rire les salles de spectateurs…Check!

Hormis l’armée de squelettes que j’ai plutôt apprécié car cela m’a semblé être un hommage à Evil Dead 3 (peut-ètre me suis-je fourvoyé sur les intentions du réal à ce sujet) toute la fin du film m’a exaspéré. Jusqu’à la scène finale heureuse où les explications du héros sont balayées par un baiser parce que bon on s’en fout d’explications logiques puisque tout ceci n’a aucun sens…SPOIL : rien que le fait qu’il retrouve son grand père…j’ai failli m’étrangler tant c’en était trop pour moi…

-Le gros point noir du film pour moi c’est son scénario. Je ne sais ce qui vient du bouquin ou ce qui est issu de l’esprit des scénaristes pour le film mais c’est tellement con!

-Déjà, je trouve cela totalement immoral et abject la façon dont vivent les enfants particuliers. Pour moi, Miss Peregrne n’est pas une bienfaitrice mais un monstre. Soi -disant pour les protéger de la mort, elle les condamne à vivre pour l’éternité la même journée sans possibilité d’avenir, de grandir,d e faire des projets…c’est pire que la mort pour moi! C’est un véritable enfer qu’une telle existence. Puis le fait qu’elle ne veuille pas qu’ils découvrent les technologies du monde moderne car cela leur donnerait envie de découvrir le monde; de vivre leur vie au risque d’être tué…mais c’est horrible! C’est ça la vie! Faire des expériences, prendre des risques. On peut mourir à chaque instant de toute façon. Cette femme et tous ces changeants en oiseaux qui créent des boucles temporelles sont des nazis lol.

Pareillement, pourquoi ne cherchent-ils pas à leur apprendre à se défendre? L’adage pour vivre heureux, vivons caché est éculé et le film prouve bien que c’est faux et vain. Et pourquoi doivent-ils obligatoirement se cacher? Pour certains oui, mais pour le gamin qui  fait partager ses rêves, je pense qu’il pourrait vivre sans problèmes parmi les humains sans risquer qu’on l’agresse. Non, vaut mieux tous les cloisonner en les condamnant à une vie de solitude et de fermeture au monde plutôt que d’ouverture. C’est si humain.

Surtout que d’après ce que j’ai compris, les Sépulcreux n’ont été créés que suite aux expériences de Baron. Donc avant cela, ils n’étaient pas spécialement en danger non? Le film n’en dit pas assez sur le sujet. Peut-être le livre en dit-il plus. Et du coup, comment ont ils pu savoir que le grand père de Jake était spécial et pris à l’école pour son don qui est de voir les Sépulcreux alors qu’ils n’existaient pas encore???? Il y a trop de zones d’ombre dans ce scénario. Cela m’a paru vraiment idiot.

Puis que dire du fait que Miss Peregrine ne dise rien à Jake sur les Sépulcreux (pour tenir une promesse faite au grand père apparemment) pour après lui en vouloir lorsqu’il découvre la vérité en lui disant que son don est trop précieux et qu’ils ont besoin de lui pour les aider???? Mais pourquoi ne pas tout lui dire depuis le début alors? Ne rien vouloir lui dire à tout prix puis après faire la tronche car il se débine!!!!Mais meuf, tu voulais pas qu’il soit au courant à la base???? Encore une fois, je ne sais si cela provient du scénario ciné ou du livre de base; mais je trouve l’histoire pas assez travaillée. Vraiment pas. Ce qui est dommage. (SPOIL Et puis à la fin j’étais persuadé que les enfants allaient vieillir et mourir instantanément en sortant de la bulle temporelle (comme le nazi dans Indiana Jones) mais non. Apparemment, il y a un certain délai…là aussi, ce n’était pas très clair…)

En bref, un film que j’ai trouvé plutôt moyen. La beauté de certaines scènes et les quelques idées de design participant à une ambiance réussie (le look des jumeaux entre autres) ne sauvent pas un métrage indigeste et qui méritait plus d’éclaircissements sur l’univers plutôt que de favoriser les « impératifs hollywoodiens ». Ce n’est pas encore ce film qui me réconciliera avec Tim Burton qui, mis à part le sursaut de poésie et de créativité que fut Frankenweenie, semble avoir déposé les armes depuis belle lurette face à la machine à pognon hollywoodienne.

Triste et amer constat…


Note  6 / 10

7 réflexions au sujet de « Miss Peregrine et les enfants particuliers (2016) »

  1. Tim Burton a un univers très particulier on aime ou on aime pas mais ma fille de 11 ans est ressortie de cette séance très enjouée ça lui a beaucoup plu. Ceci dit je trouve l’article très bien fait, merci.

  2. Je trouve votre chronique extrêmement bien faite surtout que vous n’avez pas lu les livres.
    Personnellement, j’ai lu les livres avant de voir le film et j’ai été extrêmement déçue: Des personnages modifiés et même inversés complètement, des parties complètes du film qui n’existent pas dans les livres…… Mes enfants ont adorés mais moi, je suis ressortie de la séance avec le sentiment d’avoir été flouée, totalement trompée sur la marchandise

    1. Je ressens malheureusement cela aussi lorsque je vais voir un film adapté d’une oeuvre que j’ai lue. Il est difficile de faire abstraction entre l’objet cinématographique et l’objet littéraire.

      1. Mais dans le cas de Miss Peregrine, je me suis franchement demandé si j’avais lu la même histoire tellement livre et film étaient éloignés l’un de l’autre….
        Vu l’ambiance des livres et les possibilités offertes maintenant par les effets spéciaux, il y avait la possibilité de faire nettement mieux… Mais cela n’est que mon humble avis 😉

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