HIGH RISE (2015)

Ce film est un film furieux, percutant et éblouissant. Cela aussi bien techniquement que par les nombreuses pistes de lecture qu’il propose.

1975. Le docteur Robert Laing emménage près de Londres dans un nouvel appartement d’une tour à peine achevée.Mais il va vite découvrir que ses voisins n’ont pas l’intention de le laisser en paix…Bientôt, il se prend à leur jeu.Ses bonnes manières et sa santé mentale commencent à se détériorer en même temps que l’immeuble…

Salut les gars, c’est ici que je vis, c’est chez wam quoi…Et c’est plutôt cosy…

Ce long métrage de Ben Wheatley adapté du roman de Ballard est un film assez exigeant et intellectuel. On est loin du divertissement facile d’accès. Mais si l’on accepte de s’immerger dans cette dystopie classieuse, on entre alors dans un univers fourmillant d’idées et d’allégories toutes plus pertinentes les unes que les autres.

Nous avons affaire à un film furieusement punk avec une énergie rebelle et autodestructrice que je n’avais plus ressenti depuis Orange Mécanique. Les métaphores sont foison au fil du film et la plus flagrante étant celle de cet immeuble comme ascenseur social. Plus on est logé haut dans les étages, plus on est d’un bon rang social. Le dernier étage étant une sorte de paradis où loge uniquement l’architecte, le concepteur de l’immeuble, qui s’apparente ici à Dieu. Bien évidemment. L’être au sommet, créateur de toutes choses, bénéficiant d’un paradis terrestre que tout le monde envie. Et à partir de ce postulat de base, des tonnes d’allégories vont pulluler.

J’ai comme l’impression d’être mis face à mes propres erreurs…

Techniquement, c’est assez irréprochable. Les cadrages sont symétriques, la photographie est sublime…Et l’on peut noter que les technicités à la caméra évoluent au fil du scénario. Au départ, lorsque tout va bien, la caméra se fait lente, chirurgicale, puis lorsque l’histoire déraille, que les protagonistes perdent pied et sombrent peu à peu dans l’hystérie; la caméra se fait plus instinctive. Plus brouillonne. Elle tremble, fait des plans de travers, à l’envers; tout ceci pour mieux illustrer que rien ne va plus. Que tout dérape. Le film est donc pertinent et est un véritable chef d’œuvre autant dans le fond que dans la forme.

Avec des idées jusqu’au-boutiste qui ne plairont pas forcément à tout le mode, l’hystérie punk du film nous délivre une fable jouissive sur l’homme qui cherche à supplanter Dieu, sur les nantis qui méprisent le bas peuple, sur l’abandon des conventions sociales hiérarchisées au profit de valeurs telles que la camaraderie et l’entraide. Ce long métrage n’hésite pas aussi à pointer du doigt les médias ainsi que l’attachement de l’homme aux choses. Attachement irraisonné. Cela vaut aussi pour le statut social et l’image que l’on transmet. Bref, ça brasse large et c’est plutôt satisfaisant de voir tous les messages qui passent dans ce seul film.

ça m’apprendra à passer derrière un Schtroumpf qui a la diarrhée…

Comme je le disais, les idées soumises à débat dans le film ne sont pas mises en avant que par l’histoire et le scénario mais aussi par les techniques de réalisation.  Par exemple, l’architecte créateur de ces immeubles métaphores de l’échelle sociale, remarquablement interprété par un Jeremy Irons des grands jours, est constamment habillé d’un blanc immaculé faisant référence évidente à son statut proche du divin dans l’œuvre. Puis par la suite, lorsque les hommes déraillent et que tout part de travers dans le bâtiment, sa tenue si parfaite se retrouve maculée de sang, preuve que son œuvre s’écroule. Que son enfant, sa propre création se retourne contre lui…Tout concorde. Que ce soit la forme créée par les bâtiments évoquant une main pour l’emprise de l’architecte sur son petit monde ou la détérioration flagrante de l’intérieur de l’immeuble allant de pair avec la dégradation mentale du héros; l’ensemble du film s’avère une vraie leçon de cinéma pleine de sens.

Donc, beaucoup de pistes de réflexion abordées dans ce film qui touchent le social aussi bien que le religieux. C’est effectivement un film intellectuel mais cela n’empêche pas qu’il puisse être divertissant. Il est d ‘ailleurs porté avec brio par un casting exceptionnel avec comme dit précédemment Jeremy Irons mais aussi Sienna Miller, Luke Evans et bien sûr Tom Hiddleston en tête d’affiche qui met toute sa classe et son charisme au  service de cette œuvre sans concession.

Alors mesdames (et messieurs), toujours pas motivées à voir ce film???

Pour conclure, ce High Rise est un film exigeant qui demande pas mal de concentration mais qui se révèle être une véritable prouesse sous toutes ses formes. Nous offrant une histoire qui touche beaucoup de sujets avec une franchise crue et sans compromis. On aimera ou pas ce film, mais l’on ne pourra nier une réalisation certes académique mais exemplaire.

Ma note: 8/10.

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