Incendies (2010)

Premier long métrage de Denis Villeneuve (en passe de devenir mon réalisateur préféré après ses incroyables films que sont Prisoners, Sicario ainsi que Premier Contact et Blade Runner 2049 en tête), Incendies est un énorme choc qui prend au coeur et aux tripes.
Bouleversant tout en restant élégamment sobre, ce film est une plongée dans l’horreur d’un pays imaginaire tiraillé par d’incessantes guerres intestines de religions (le pays n’est pas nommé mais on pense au Liban…).
On y suit le parcours d’une femme, Nawal Marwan, qui y est née catholique et dont le drame fut de tomber amoureuse d’un musulman.
Ceci est le point de départ d’une existence tumultueuse et tourmentée que ses enfants vont tâcher de reconstituer des années après.

Car bien des années après, Nawal vit expatriée à Montréal, choyée et entourée de ses deux enfants Jeanne et Simon.
Mais suite à son décès, un notaire va leur remettre deux lettres écrites par la défunte. Une pour leur père qu’ils ne connaissent pas du tout et une autre pour leur frère dont ils ignorent l’existence.
Commencera alors pour les deux jeunes adultes, une quête dans le pays d’origine de leur mère afin de découvrir toute la vérité sur le passé de leur mère et afin de retrouver leur père ainsi que leur frère.
La vérité se drapera au fil de leur aventure des horreurs de la guerre et sera dévoilée à travers moult révélations choquantes.

Le film est construit de manière non linéaire.
Oscillant entre l’époque moderne où l’on suit les enfants de Nawel dans leur quête et entre le passé de la vie de Nawel dont on suit l’existence éreintante le coeur bien accroché.

Ce film est une véritable pépite! Il n’y a pas d’autres mots!
Inattendu et bouleversant, il nous retourne l’esprit et joue constamment avec nos émotions. Passant de l’horreur sourde et irréfléchie à des moments d’émotions doux et réconfortants; le voyage ne nous laissera pas insensible.
S’ouvrant sur une scène poignante sur fond de Radiohead, il nous plonge directement dans un pays en éternel conflit où tout est froid, où tout y est danger.

Dur de parler du développement de l’histoire sans spoiler donc je ne dirai pas grand chose sur le scénario. Il vaut mieux vous laisser découvrir la vie de Nawel par vous même.
Retenez que c’est d’une violence crue qui met mal à l’aise devant son écran. Même si le film reste subtil et sobre comme dit précédemment, très peu est montré à l’image, la maestria du réalisateur pour mettre tout cela en scène fait que l’on arrive pas à ne pas être impliqués et touchés par ce qui s’y déroule. On est déstabilisés et choqués. C’est dur…

Bien évidemment, on reconnait directement la patte du réalisateur.
Le film est très lent, la caméra se déplace lentement, il y a beaucoup de non dits, beaucoup de plans larges sur des villes ou des vallées qui n’apportent rien à l’histoire mais mettent dans l’ambiance « aride » du film.
Alors c’est sûr, et ceux qui ont vu son dernier long Blade Runner ne diront pas le contraire, ce n’est pas un film à regarder fatigué. Il prend son temps pour exposer ses enjeux. Pose ses dialogues et son ambiance malaisante avec brio sans précipiter les choses.
De plus, le film est en québécois et il s’avère parfois compliqué de comprendre tout ce que disent les acteurs pour nous français. Le reste du film étant le en arabe sous-titré. Il faut donc s’accrocher pour suivre et ne pas louper toutes les subtilités du scénario.
Le film étant tout en retenue, il est essentiel de bien le suivre pour capter tout ce qu’apprennent les protagonistes.

A la fin de l’oeuvre on se rend compte que l’on a assisté à quelque chose de beau et de rare au cinéma. Et ça, Villeneuve sait très bien nous imposer cette sensation. Sa façon de faire est ici encore parfaite. Ne laissant aucun plan au hasard et travaillant l’ambiance du film comme personne.

Les surprises s’enchaînent et elles sont d’autant plus crédibles et acceptées par le spectateur grâce au jeu tout en sobriété des acteurs.
Le casting étant très réussi. Ce qui nous plonge encore plus dans l’histoire. Mention spéciale à Lubna Azabal, qui y joue une Nawal incroyable.
Quelle actrice!
Elle nous dresse le portrait d’une femme forte qui ne fléchit pas contre vents et marées.
J’ai fait un petit travail de recherche suite au visionnage du film et j’ai découvert que le film est inspiré d’une pièce de théâtre, elle-même inspirée de la vie d’une certaine Souha Bechara. Je vous invite à vous renseigner sur elle si vous souhaitez découvrir une femme exemplaire de plus se débattant pour son honneur dans notre triste monde.

Le film est un chef d’oeuvre.
Premier film, premier grand coup de poing dans la tronche! Bravo Monsieur Villeneuve!
Un premier long métrage qui montre déjà que Villeneuve est un très grand réalisateur s’appuyant sur une histoire solide et sur un casting impeccable pour proposer un contenu quasiment exemplaire qui nous happe et ne nous lâche plus.
Un très beau film témoignant une fois de plus de la bêtise humaine et des horreurs dont notre espèce est capable…
Mais derrière la haine et la colère, se cache un amour fort et inconditionnel comme nous l’apprendra douloureusement le film.

Ma note: 9/10.

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