KENSHIN LE VAGABOND de NOBUHIRO WATSUKI (1994-1999)

Véritable madeleine de Proust de ma jeunesse que ce manga! Avec Dragon Ball et Saint Seiya (ou les Chevaliers du Zodiaque pour les spectateurs de Dorothée , bouergh, bouergh!!!), Kenshin fait partie des mangas que je lisais en boucle vers mes 12 ans et dont j’attendais impatiemment la sortie d’un nouveau tome.

 

Kenshin le Vagabond nous ramène en l’an 1878 au Japon au début de l’époque historique dite de Meiji. Epoque qui marque l’ouverture tardive du Japon sur le monde et la fin de l’ère Edo qui se caractérisait par l’isolationnisme culturel du Japon, sa féodalité ainsi que son retard technologique par rapport aux autres pays. Bref, exit le shogunat, les samouraïs et l’art ninja et bonjour à la démocratie et aux nouveaux armements. Ce changement soudain dans un pays qui vivait durant des siècles dans l’isolement va marquer durablement les esprits et va perturber grands nombre d’individus. Dont notre héros Kenshin qui ne vivait que par le sabre et l’art ancestral du kendo.

 

Kenshin était à la solde des Patriotes, ces hommes qui ont combattu le shogun pour mettre fin à l’ère Edo. Il était un assassin de l’ombre. Un des plus redouté, connu à travers tout le japon sous le nom de Battosaï Himura. Les Patriotes ayant gagné la guerre et mis fin à l’ère Edo, l’assassin Battosaï se retrouve lésé par la nouvelle époque pour laquelle il a combattu et tué. Le port du sabre étant désormais interdit; il se retrouve à errer sans but dans cette nouvelle époque sans cesse hanté par tous les crimes qu’il a commis pour atteindre cette utopie.
Il se rebaptise Kenshin et part errer dans un Japon transformé et déboussolé à la recherche d’un but dans sa nouvelle vie.

 

Vous l’aurez compris Kenshin est un manga historique qui se déroule dans une période réelle et importante du Japon. C’est aussi une sombre historie de rédemption et de recherche d’identité à coups de bastons au sabre.
Et c’est juste génial!
Dans sa quête de vérité, Kenshin va croiser des personnages attachants et drôles tels que Kaoru, la jeune garçon manqué qui lutte de toutes ses forces pour maintenir son dojo à flots puisqu’il est déserté depuis que l’art du sabre a été ringardisé ou encore le jeune orphelin Yahiko, véritable boule d’énergie qui fera tout pour devenir le kendoka le plus puissant du Japon.
Ce manga est important pour moi car il m’a appris beaucoup de choses sur le Japon. Sur son histoire, sur sa culture…Et cela m’aide à comprendre encore beaucoup de choses sur ce qu’est ce pays aujourd’hui grâce entre autres à cette oeuvre. Kenshin le Vagabond nous ouvre sur un pan important de l’histoire de ce pays et les traditions y sont aussi très bien dépeintes.

 

Si des termes comme Meiji, Edo, le Kendo, la période trouble du Bakumatsu ou encore l’armée du Shinsengumi s’avèrent être des termes rébarbatifs et étranges pour vous, sachez que pour moi ils n’ont plus de secrets. Et de plus, le tout est très bien expliqué. Rien n’est lourd. Tout est exposé de manière fluide et ludique de façon à ce qu’on ait jamais l’impression de se trouver devant une histoire barbante.
La force de ce manga étant de confronter des personnages de fictions et des histoires de fictions avec des faits réels. Et tout s’imbrique parfaitement ne faussant jamais les faits historiques. Il en va de même pour les personnages historiques ayant réellement existés qui interagissent régulièrement avec nos héros.
Une telle profondeur de récit mêlée avec nos héros totalement ahuris et invraisemblables font que l’on se plonge la tête la première dans l’histoire.

 

Et le design ainsi que le charisme des personnages qui gravitent autour de Kenshin y sont aussi pour beaucoup. Que ce soit Aoshi, Saïto ou encore Sanosuké; chaque adversaire ou ennemi/allié de Kenshin (le syndrome Végéta quoi; je ne suis pas ton pote mais je combats tout de même une plus grande menace à tes côtés) respirent la classe. Ils dégagent une impression de puissance et sont tellement stylés qu’il m’est arrivé de souvent m’attarder devant certaines cases les mettant en scène. Avec chaque mèche de cheveux savamment placée bien évidemment pour faire un design très manga bien que l’oeuvre se veuille proche de la véracité historique.

 

Ce manga déchire tout et les affrontements au sabre sont passionnants. On apprend plein de choses sur le maniement des sabres et l’on a presque envie de pratiquer.
Mélangeant habilement l’humour avec de profonds moments de tristesse, ce shonen réussit avec brio à happer le jeune lecteur. Mention spéciale pour l’arc avec Makoto Shishio qui est un des méchant les plus réussis que j’ai pu voir dans un manga. Avec une psyché incroyablement bien travaillée, cela fait froid dans le dos (à la fois au lecteur et à Kenshin lui-même ) de constater qu’il n’est pas si différent du héros.
Même en les ayant relu 15 ans après sa fin, les 28 tomes qui composent ce manga font toujours leurs effets!

 

Sinon, au rayon du moins bon, il faut noter que la mangaka se laisse trop facilement influencer par ses passions et cela se ressent dans son histoire. De son propre aveu, sa passion dévorante pour les comics américains et notamment les X-Men s’est de plus en plus faite sentir au fil des tomes de Kenshin.
Si au début de l’oeuvre on ressentait l’influence légère sur le chara-design des personnages sans que cela ne choque, vers la fin de l’histoire les protagonistes apparaissant relèvent carrément du plagiat. Wolverine, Apocalypse, Gambit, Venom, beaucoup de personnages Marvel ont des traits que ‘on retrouve dans Kenshin. Et c’est perturbant. Surtout lorsqu’un personnage ressemble à s’y méprendre à Venom/Spider-man…Dans un manga historique on a du mal à voir ce qu’un tel personnage vient foutre là. Et cela dessert forcément l’histoire ainsi que la crédibilité de l’oeuvre…
Cela se ressent surtout dans le dernier arc narratif du manga où le scénariste avouera avoir eu du mal pour son scénario et ses personnages car débordé par le temps.
L’arc final a aussi un goût de moins bon par rapport à l’ensemble de l’oeuvre. On ressent la fatigue et la lassitude du mangaka. Il faut dire qu’il est difficile d’enchaîner après l’histoire de Makoto Shishio qui a un gros impact et un enjeu terrible.

 

Mais globalement, Kenshin est un super manga qui vous fait passer un agréable moment. Cela grâce à des personnages forts, attachants et charismatiques. Avec un humour bien dosé et des affrontements ni trop longs, ni trop courts; le tout placé dans un contexte historique intéressant.
Oui, Kenshin est un maître étalon du manga shonen qui continue des années après sa fin de dégager une aura de réussite et d’exemplarité certaine.
Si en plus de cela, on ajoute une réflexion sous-jacente à l’histoire qui est encore d’actualité aujourd’hui (en gros, même si on a combattu pour la démocratie, la nouvelle institution mise en place n’est pas forcément à l’avantage de la population et des plus démunis) ainsi que des moments sombres et terribles du passé de Kenshin qui apportent une part de maturité bienvenue à l’ensemble; on ne peut qu’applaudir un tel manga.

 

Ma note: 8/10.

2 réflexions au sujet de « KENSHIN LE VAGABOND de NOBUHIRO WATSUKI (1994-1999) »

  1. Lui, c’est un manga que je veux absolument découvrir, mais pas évident de le trouver en seconde main (oui, en neuf, ça va me coûter un pont) ou à la biblio. Mais je ne désespère pas car il me tente vraiment.

    Ken, les chevaliers, toute mon enfance !

    1. Il est ressorti il ya un ou deux ans en version deluxe je crois. Moi j’ai la version d’il y a 15 ans et effectivement celle ci est introuvable.
      N’hésite pas car c’est un très très bon shonen 😉

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