La la Land (2017)

Nouveau film du réalisateur acclamé Damien Chazelle (surtout depuis son dernier long Whiplash que je conseille très fortement); La La Land est une comédie musicale mettant en scène Emma Stone et Ryan Gosling qui suite à leur rencontre vont s’aimer et tâcher d’accomplir leur rêve. Devenir actrice pour elle et ouvrir son club de jazz pour lui.
Annoncé comme un des plus grand (si ce n’est le plus grand) film de l’année par le presse spécialisée et acclamé par les critiques (14 nominations aux Oscars quand même), La La Land est vite devenu une curiosité pour moi. Moi qui n’aime pas les comédies musicales (hormis une ou deux) j’ai vite eu l’envie de mettre les yeux sur ce petit objet cinématographique pour me faire ma propre idée du phénomène.


Alors, critiques justifiées selon votre hôte ou pas?


J’ai envie de dire que oui. Puisque le film est techniquement ébouriffant et rempli d’idées de mise en scènes assez pertinentes (je ne peux pas dire novatrices car cela a déjà été fait dans de nombreux films) et puisqu’il est un généreux hommage au cinéma Hollywoodien d’une certaine époque ainsi qu’au jazz; La La Land mérite toutes ces critiques dithyrambiques. 
Mais j’ai aussi envie de dire que non. Car le sujet ne m’a pas beaucoup parlé puisque la comédie musicale est loin d’être mon genre de prédilection et car le scénario est d’un classicisme éculé ainsi que d’une linéarité sans esbroufe.


Ce qui marque dès le début du film c’est la technique du film. Damien Chazelle est un cinéaste accompli qui nous en met directement plein la vue. L’ouverture du film en long plan séquence sur une autoroute avec la caméra qui passe de voitures en voitures avec une aisance remarquable au milieu de danseurs qui courent, sautent et chantent avec une précision millimétrée est un moment de cinéma rare. Et très réussi. Direct, on en prend plein la vue! Imaginez le nombre d’heures de boulot pour mettre en scène une telle séquence! C’est d’une précision incroyable! C’est très fort!
Et ce n’est pas tout. Le film est un incroyable cri d’amour au cinéma. Surtout au cinéma des années 50 et 60; mais pas que. Alors tout le monde aura remarqué les nombreuses références aux comédies musicales de l’Hollywood d’après guerre ainsi qu’aux comédies musicales françaises (les demoiselles de Rochefort, les parapluies de Cherbourg…) ainsi qu’aux films de claquettes (et oui, y’a des morceaux de claquettes dans La La Land) mais j’ai pu voir dans quasiment chaque scène du film, des références ou hommages (selon votre ressenti) à de nombreux grands films de l’histoire du cinéma. Et même des films qui nous sont contemporains!


Et ce n’est pas du tout un pillage d’idées. Cela se vit réellement comme un magnifique hommage à cette incroyable machine à rêver qu’est le cinéma. Tout comme le but de nos héros qui est d ‘accomplir leurs rêves, ce film est un condensé de rêveries à travers divers procédés cinématographiques qui ont fait leurs preuves.
Énumérer toutes les références et tous les procédés serait long et rébarbatif mais sachez qu’il y a de quoi faire.


sachez aussi que le film peut s’apprécier sans y voir une seule référence. Evidemment, l’intérêt du film ne repose pas que là dessus.
Et même moi, qui a mon grand regret ne connaît pas tout des grands films du cinéma, je n’ai pas compris certaines références et certaines subtilités m’ont échappé. Et pourtant j’ai pu apprécier l’oeuvre qui se déroulait devant mes yeux.


Il y a un tel travail fait sur la mise en scène. Le film fourmille d’idées. Rien que sur l’étalonnage des couleurs. Parfois criardes et saturées lorsque les personnages sont heureux et parfois fades et volontairement ternes lorsque cela va moins bien dans leur vie. Elles sont plus ou moins travaillées selon les saisons aussi (tiens, tiens, le film est séquencé selon les saisons…Coucou Requiem for a Dream, entre autres.). Bref, si vous voyez le film vous ne pourrez que constater le soin accordé aux traitements des couleurs dedans. Et il n’y a pas que ça!
Il y a tellement d’idées de mise en scène durant les deux heures du film. Le fondu de l’image lors des changements de scènes, le jeu des lumières qui met en exergue  la prestation de tel ou tel personnage à un moment clé…Beaucoup mais vraiment beaucoup de procédés de cinéma dans ce film. Et notamment des procédés qu’on ne voit plus trop de nos jours et qui contribuent toujours à rendre un hommage aux vieux films et à lui donner ce cachet nostalgique.


Ajoutez à la réalisation superbe, des acteurs sublimes et vous avez devant vos yeux ébahis un petit bijou.
j’ai toujours aimé les prestations d’Emma Stone (notamment dans Birdman) mais ici elle est saisissante. Un torrent d’émotions qui se dévoile à l’écran. Elle est totalement investie dans le rôle. C’est fou. Elle nous offre de longs moments durant lesquels toute la salle se tait et l’écoute religieusement nous chanter ses dialogues. Elle absorbe l’image. Derrière son immense sourire et ses grands yeux de biche toujours humides, se cache une actrice tout en subtilités et en failles.


Et Ryan Gosling n’est pas en reste. Toujours avec son éternel regard abattu, il livre lui aussi une prestation des plus aboutie. Je ne peux par contre pas le mettre sur un pied d’égalité avec Emma Stone niveau prestation car il me semble que c’est vraiment son film pour l’actrice. Son grand moment. C’est vraiment une prestation à Oscars. Un peu comme celle livrée l’année dernière par DiCaprio. Je croise les doigts pour elle car elle m’a marqué.
Sinon; malgré tous les éloges que je fais du film; il y a des choses sur lesquelles je resterai plus nuancé.


Par exemple sur les musiques. Je ne doute pas que les quelques notes caractéristiques de la musique principale du film vont faire date et resteront cultes dans l’histoire du cinéma mais j’ai beaucoup plus de réserves sur les autre chants.
Je trouve que ce ne sont pas des morceaux qui restent dans la tête. Que l’on retient. Je les trouve anecdotiques. Et cela nuit plutôt au film.
L’histoire aussi est convenue. Alors oui, on peut faire de très bons films avec une histoire tenant sur une feuille de papier, l’important étant la façon de la raconter et de la mettre en scène, mais malgré cela je pense qu’on aurait pu faire mieux. Là, on est clairement devant un film qui ne sort pas des sentiers battus de la comédie musicale. Et c’est dommage. Le film est tellement ambitieux qu’il aurait pu aller plus loin. proposer autre chose plutôt que de rester coincé dans les codes de ce format.
Il m’a rappelé le buzz qu’il y avait eu il y a quelques années avec « The Artist ». Un film surfant sur la nostalgie et l’hommage à une certaine catégorie de films. L’idée avait surpris et avait été reconnue comme audacieuse mais j’avais trouvé qu’on en faisait trop autour. Car si l’on replaçait le film dans le contexte de l’époque à laquelle il rendait hommage; il n’avait vraiment rien d’ahurissant ou qui sortait des sentiers battus. Il était très classique.
Bon, là, je pinaille un poil pour La La Land, je l’avoue. Mais tout de même.
Puis je n’ai pas trouvé le sujet assez fort. Comme l’avait pu être celui de Wiplash, le film précédent du réalisateur.
Les acteurs y sont tout autant investis mais je ne sais pas. Whiplash m’a plus parlé. Et je le trouve donc supérieur à ce La La Land.


En somme, c’est un très bon film. Techniquement imparable et foisonnant d’idées de réalisation rafraîchissantes et malignes.
Des acteurs gonflés à bloc et envoûtants au service d’une réalisation plus qu’aboutie; et vous avez une excellente comédie musicale. Un objet de cinéma rare et précieux.
Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un coup de cœur pour moi puisque son style n’est pas ma tasse de thé et puisqu’il ne m’a pas accroché plus que ça mais je ne peux nier qu’il est un solide film très peu perfectible.
Une grande réussite à n’en point douter.


Ma note: 8/10.

14 réflexions au sujet de « La la Land (2017) »

  1. Je ne suis pas vraiment d’accord concernant le sujet. Il est moins original que « Whiplash », certes, mais j’ai envie de dire « forcément », car « Whiplash » traitait un sujet ultra précis. Cela dit j’ai énormément aimé « The Artist », donc bon… Il me semble que « La La Land » traite de sujets universels sur lesquels on n’aura jamais fini de réfléchir car il n’y a pas de bonne réponse. Les choix de vie, le rapport vie sentimentale/vie professionnelle, le besoin de reconnaissance, les rêves de la jeunesse et les désillusions de l’entrée dans la vie active… Tout ça ne me semble pas si léger ni si faible comme sujet.

    1. C’est pas faux. De ce point de vue là; c’est vaste comme sujets de réflexion. Faut croire qu’ils ont été trop peu développés ou trop survolés (je ne sais pas trop) pour que le film ne m’interroge pas plus. Alors qu’habituellement je suis plutôt preneur de ce genre de pistes de lecture. Faut pas se leurrer, l’aspect comédie musicale m’a bien freiné aussi.

          1. Au moins tu es allé le voir en dépit de tes réticences, c’est une belle preuve d’ouverture d’esprit que tout le monde n’a pas !

  2. J’avais également préféré Whiplash qui m’avait vraiment pris au trip chaque seconde. Là, j’ai trouvé le film très beau techniquement et esthétiquement et le film a toute une série de qualités (tu arrives bien à les décrire). Les acteurs sont également très bons. Mais finalement une fois qu’on enlève ça, je trouve l’histoire assez classique voire même assez banale comme si toute cette technique ne donnait pas de magie à la narration. Et pour être honnête, je me suis ennuyée et je n’ai pas été émue.

  3. J’ai très envie d’aller voir ce film, mais il faut que je me prenne le temps, parce que je veux le voir en VOSTFR. Je n’aime pas trop les doublages en français, ça me freine souvent, donc il faut que je fasse de la route 🙂 Mais pour celui-ci, je vais y aller, surtout quand quelqu’un qui n’est pas fan de comédies musicales met un 8 😛

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