La planète des singes : Suprématie (2017)

Quel plaisir de retrouver César, le leader emblématique et charismatique de la troupe de singes évolués que l’on avait quitté avec des promesses plutôt sombres pour l’avenir à la fin de l’Affrontement (le précédent film)!

Et quel bonheur de constater que ce troisième film; voulu comme la conclusion d’une trilogie préquelle au film de La Planète des Singes d’origine et comme le dernier acte des aventures de César; est une totale réussite!

C’est avec une immense joie que je suis ressorti de la salle constatant que l’on pouvait encore faire des films solides et aboutis en y insérant à la fois des touches d’humour, d’émotions et d’aventure sans que cela soit grotesque ou totalement mal géré. Le tout est maintenu durant les deux heures sans que cela vire à l’insupportable ou à la faute de goût dans des images idylliques et dans un scénario qui bien que peut-être prévisible sur certains points est tellement bien mis en scène que l’ensemble passe parfaitement bien pour le spectateur.
L’efficacité au service de la simplicité: voilà ce qui pourrait définir la construction de ce film en 3 actes prévisibles mais rondement bien menés. Tout y est. En se payant même le luxe de doser chaque genre à la perfection.

La trilogie la Planète des Singes réussit là où Le Hobbit a échoué. Si ce dernier n’était qu’un préquel all-star fouillis, indigeste et peinant à avoir de l’âme et de la consistance; la trilogie simiesque est un exemple parfait de ce qu’il faut faire lorsque l’on veut raconter l’avant d’une grande aventure cinématographique tout en donnant une identité propre à son film.
Cette trilogie existe et a de l’intérêt sans le film originel. Mais elle se paye aussi le luxe de mener au film avec Charlton Heston sans le trahir.

Le tout est grandiose. Que ce soit les musiques de Giacchino tantôt épiques et tantôt tristes qui servent le film comme jamais afin d’amplifier les émotions du spectateur ou que ce soit les plans sublimes (mon dieu la photographie du film est splendide!) que nous offrent ce long métrage; tout y est d’une puissance savamment réfléchie.
Le jeu des lumières étant aussi au diapason, jouant sur les visages des protagonistes marquant la dualité des personnages et/ou les conflits intérieurs qui les hantent.
Ce Suprématie s’avère donc assez irréprochable d’un point de vie technique.

Et que dire des effets spéciaux!
Si dès le premier film, l’on pouvait s’ébahir devant la prouesse visuelle, ici la technique est encore plus impressionnante. Les mimiques de visages des singes, leurs pelages, les différents faciès reconnaissables; tout est d’une crédibilité à couper le souffle. On s’émeut véritablement pour ces personnages entièrement en images de synthèses. Et l’on ressent pareillement leur colère aussi. Ils ont l’air plus humains encore que les véritables acteurs de chair et d’os du film.
On arrive même à déceler les traces de vieillissement et de meurtrissures des corps des primates abîmés par des années de traques et de batailles.
Il suffit juste de voir César pour le sentir fatigué et lassé par tout ça au début du film.

Mention plus qu’honorable à Andy Serkis qui campe un César encore meilleur que dans les deux précédents volets. La motion capture étant ici parfaite, reproduisant au millimètre près chaque jeu subtil de l’acteur sur le visage du primate. César est ici plus sombre, plus torturé que jamais et Serkis joue avec brio à la seule force du regard et de quelques bribes de déformations du visage. Peu ou pas du tout besoin de dialogues pour ressentir ce que ressent César. Pour lire dans la psyché des singes, tout se lit sur eux. Fort, très fort!

Ce film rappelant l’humanité à ses heures les plus sombres tant les similarités avec l’holocauste, la seconde guerre mondiale et les camps d’extermination sont flagrantes. Ceci étant d’autant plus appuyé par le fait que l’antagoniste insiste sur l’importance de l’histoire de l’humanité. Sur l’importance de faire des choix, parfois horribles , pour le bien de son peuple.
D’ailleurs le film porte bien son nom, car l’idée de suprématisme est éloquente ici avec un ennemi lorgnant allègrement du côté d’un Adolf Hitler, célébré comme un Dieu par son armée, voulant une humanité plus pure, plus propre et n’hésitant pas à galvaniser ses soldats avec des musiques pompières et des discours percutants. Le spectre du fascisme est très présent dans ce film. Et l’humanité à deux visages est ici très bien montrée.

Cette oeuvre bien que menée par des singes met surtout en avant l’homme face à ses propres démons. Comme dans un film de zombies où la morale aboutit sur le fait que seul l’homme est foncièrement mauvais. Même si ici, les singes présentés comme de plus en plus humains, et ce fut déjà le cas dans le second volet à vrai dire, adoptent les défauts de l’humain.

L’antagoniste est d’ailleurs assez remarquable. Incarné par un Woody Harrelson des grands films, ce colonel bien que profondément mauvais ne fait pas dans le manichéisme primaire. Comme chaque personnage du film en même temps. Même César a sa part sombre, hanté par le spectre de Koba (le méchant singe du précédent volet) qui lui apparaît dans des scènes à la réalisation impeccable.
Bref, rien n’est manichéen dans ce film et c’est sa grande force aussi.
A noter un joli retournement de situation concernant le méchant à la fin que je n’avais pas vu venir. Si sur certains aspects le déroulement du film est prévisible (notamment pour certains personnages dont les revirements sont plus qu’attendus car déjà vu à foison dans des films du même genre), pour celui-ci j’avoue m’être fait agréablement surprendre. Et cela permet de plus au film de ne pas sombrer dans une scène cliché trop évidente et facile.

Lorgnant sur beaucoup de films de guerre et notamment sur La grande Evasion sans pour autant honteusement les dépouiller, ce Planète des Singes est un blockbuster réussi, solide et faisant la part belle aux émotions ainsi qu’aux démons intérieurs des personnages. Ce qui est de plus en plus rare depuis des années dans ce genre de film.
Je pense honnêtement que ce film est le meilleur blockbuster de cet été et qu’il réhabilite même le genre tombé un peu en désuétude depuis des années prouvant qu’on peut faire un film avec des gros sous et de gros effets tout en réussissant à lui conférer une âme et du corps. Ce Suprématie rappelle l’âge d’or des blockbusters Hollywoodiens, là où insuffler de l’humour dans un film d’action n’était pas un gros mot (car, chose étonnante dans ce film, le peu d’humour présent n’est pas lourd et mal amené, miracle!!!) et où même les scénarii prévisibles étaient agréables à regarder car remarquablement mis en scène et maîtrisés.
Certes, si l’on pinaille, ce film n’est pas exempt de défauts, mais il est tellement bon dans son ensemble que l’on met aisément de côté les petits détails gênants.

Constamment sur le fil en en faisant ni trop, ni pas assez (le film ne sombre jamais dans le too much ou la cradingue facile quand il le pourrait. De même, il ne tombe jamais dans des travers larmoyants évidents), ce Planète des Singes démontre à quel point Matt Reeves est un excellent réalisateur qui sait manier l’image et nous embarquer dans des histoires simples mais touchantes. Apportant un souffle épique et des questionnements bienvenus sur notre propension aux plus viles horreurs; ce dernier volet achève avec brio une admirable saga cinématographique.

Nul doute que cette trilogie restera une référence pour longtemps et que le personnage de César restera dans la postérité.
Merci et encore bravo pour ce film qui redonne espoir dans le genre des blockbusters estivaux américains.

Ma note: 9/10.

Coup de Coeur

2 réflexions au sujet de « La planète des singes : Suprématie (2017) »

  1. Magnifique chronique 😊 J’hesitais à aller le voir justement parce que c’est le troisième volet de la trilogie! J’avais peur d’être déçue… mais tu m’as convaincu 😊 Reste plus qu’à caser les enfants et go au cinéma 😉 Bonne journée

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