Le Prestige (2006)

Alors là je vais aborder un gros morceau, un chef d’oeuvre du cinéma. Une nouvelle pièce maîtresse dans la filmographie du grand Christopher Nolan (la trilogie du Dark Knight, Inception, Interstellar…), voire le film essentiel à sa filmo. Celui qui résume et explique toute son oeuvre basée essentiellement sur des constructions narratives éclatées et parsemées d’indices nous menant vers une conclusion évidente et lumineuse.
Doté d’un casting 5 étoiles: Christian Bale, Michael Caine (pour les habitués de Nolan) mais aussi et surtout Hugh Jackman et mon petit coup de cœur, forcément, Scarlett Johansson^^ ; Le Prestige est assurément un grand film.

 

Ce film nous narre l’histoire de deux magiciens qui après avoir bossé ensemble en tant qu’assistants de magicien se retrouvent rivaux et prêts à tout pour empêcher l’autre de briller. Le début de cette rivalité étant un funeste tour de magie qui coûta la vie à la femme du magicien campé par Hugh Jackman. Ce même personnage en voudra toujours au personnage de Bale, le croyant à tort ou à raison responsable de la mort de son épouse.

 

S’en suivront mesquineries, vols de tours de magie et coup bas allant de plus en plus loin afin de détruire la réputation du rival.
Je choisis de ne pas en dire plus et de ne pas même exposer la situation d’un des deux magiciens au début du film pour ne pas gâcher la plaisir de l’histoire. Car la grande force de ce film c’est assurément sa narration.
L’on connait Nolan, réalisateur qui aime perdre le spectateur dans des scénarii labyrinthiques (Inception et surtout Memento) et dans Le prestige le monsieur peut s’en donner à cœur joie. La structure narrative est emplie de flash-backs nous racontant le passif des deux rivaux. Des flash-backs empilés se déroulant à des moments différents…ce sera peut-être dur pour le spectateur de s’y retrouver mais il faut s’accrocher et se concentrer car le jeu en vaut la chandelle.

 

(L-R) Anthony DeMarco, Christian Bale
Le tout est d’une maîtrise scénaristique flamboyante et inspirée. Chaque scène , chaque détail, chaque personnage; tout est dans chaque séquence pour une raison. Pour nous perdre ou non. Pour nous interpeller. Nous questionner. Chaque appui de caméra ou errement de caméra sur ce qui peut sembler anodin se révèle être justifié en fin de film. c’est fort. Très fort et malin surtout.
Le film a de nombreuses pistes de lecture mais la plus évidente et la plus intéressante est celle de l’analogie faite entre les tours de magie et l’oeuvre filmique. Comme nous l’explique le personnage de Cutter campé par un Michael Caine comme à son habitude impeccable, un tour de magie se compose en trois actes. le dernier acte étant appelé le Prestige. Celui qui dévoile tout. L’aboutissement de tout un suspens savamment mis en place.

 

Tiens donc, comme un film. Car les aficionados savent qu’un film est constitué de trois actes lui aussi.
Ce rapport entre les magiciens et le film est entretenu tout le film. Ce qui s’applique aux personnages s’applique aussi à nous suivant le film. Lorsque le personnage de Christian Bale dit à son auditoire de « bien regarder attentivement » ou que « la résolution d’un tour de magie n’est pas forcément choquante ou impressionnante mais que ce qui est fort et amène de l’intérêt au tour c’est la façon dont il est mis en scène et raconté » il s’agit en fait de Nolan qui parle et s’adresse directement à nous. C’est d’une maestria incroyable. Nolan nous dit clairement, voyez, je vous perd dans mon histoire comme on vous trouble devant un tour de magie, vous cherchez désespérément à comprendre, mais lorsque vous aurez compris c’est uniquement si j’ai bien mené mon tour correctement que je saurai si vous êtes satisfaits et avez été bien piégés.Le prestige est donc le tour de magie ultime de Christopher Nolan. Celui qui nous mène par le bout du nez pendant deux heures et qui se termine en une apothéose que l’on ne voit pas arriver.
La métaphore cinéma/tour de magie est ici poussée à son paroxysme. le réalisateur par le biais de ses personnages invitant les spectateurs a toujours se questionner et à noter le moindre détail.

 

Le plus dingue, c’est qu’il annonce même que si le twist final nous déçoit par sa simplicité, son évidence et sa logique c’est bien normal; car la force d’un tour de magie ce n’est pas son truc, son astuce mais bien d’avoir baladé le public et de l’avoir troublé. Là est alors réussi le tour parfait du magicien.
Christopher Nolan a assurément proposé ici son plus grand tour de magie.
Le film se voit une première fois et une seconde fois. La seconde fois, lorsque l’on sait le truc, tout nous semble évident et l’on s’en veut de n’avoir pas remarqué l’astuce directement tant les indices sont intelligemment disséminés tout le long du film. Incroyablement puissant dans sa mise en scène. Je le redis, c’est malin.

 

Si en plus l’histoire parfaite et le montage ultra réfléchi et calculé sont accompagnés d’acteurs tous plus investis et convaincants les uns que les autres, que peut on dire de mal d’un tel film? Ils ont tous un développement personnel abouti et cohérent durant le film en plus. Aucun n’est laissé de côté ou s’avère inutile au développement de l’histoire.
Cerise sur le gâteau, l’immense David Bowie y joue un personnage historique aussi génial et énigmatique que lui; le grand Nikola Tesla.
Pas grand chose à dire de plus si ce n’est que je vous invite prestement à visionner ce petit bijou du septième art qui pose une vraie réflexion sur la puissance de cet art justement. La force des images et l’intelligence d’un scénario maîtrisé nous montrent que la magie actuelle provient du cinéma.
Et comme le dit Jackman à Bale à la fin lorsqu’on le questionne sur le pourquoi de tout ça; sur le pourquoi d’être allé aussi loin et qu’il répond que c’est pour le moment ou le public a ce regard posé sur lui…ce regard ébahi et heureux d’avoir assisté à quelque chose d’exceptionnel qui suffit à le satisfaire et le convaincre qu’il a réussi son tour; nous prouve que ce que Nolan souhaite à la fin de son film c’est que le spectateur soit pareil. Ebahi par tant de virtuosité, promené et heureux d’avoir voyagé dans un tour mémorable du cinéma. Le Prestige de Nolan est réussi à tel point que l’on n’aurait préféré ne pas savoir la vérité. juste continuer à chercher et rêver.

 

Ce thriller sur fond de vengeance et de recherche de reconnaissance est un incroyable film sur l’impact et la puissance que peut avoir le cinéma sur le spectateur. Le pouvoir des image sur nous, nous trimbalant de retournements de situations en retournements de situations et nous menant là ou le réalisateur souhaite nous mener. Une véritable leçon métaphysique de cinéma.
Un tour de force, un tour de magie, un prestigieux Prestige qui nous montre que le cinéma peut avoir une emprise sur le spectateur à l’instar d’un magicien captivant son auditoire.

 

Ma note: 9,5/10. – C’est un coup de Coeur

Film vu avec le Popcorn Ciné Club

10 réflexions au sujet de « Le Prestige (2006) »

  1. Ahhh ça fait plaisir de lire autant d’éloges ! J’adore ce film en tous points de vue et je regrette que le milieu de la prestidigitation ne soit pas souvent mis en scène au cinéma parce que j’étais fascinée par cette ambiance et j’aurais voulu pouvoir la prolonger un peu 🙂 Pour moi c’est le meilleur de Nolan, juste avant Memento.

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