Louise Michel (2008)

Louise Michel est une comédie loufoque, barrée mais gentille et poétique comme seules savent nous le proposer l’impayable duo de réalisateurs que sont Gustave Kervern et Benoit Delépine.
Avant de devenir connus avec leurs succès qu’ont été Mammuth, Le Grand Soir ou plus récemment Saint Amour, les deux trublions issus de l’émission satirique Groland avaient réalisé ce petit film drôle et déjà annonciateur de leur ton que l’on qualifiera de « burlesque noir ».

Un patron délocalise son usine de textiles et déménage l’intégralité de ses machines en une nuit, sans prévenir ses ouvrières. Celles-ci décident de mettre leurs indemnités en commun. Sur proposition de Louise (toujours aussi excentrique et bonne Yolande Moreau), elles font appel à un tueur professionnel pour assassiner le patron indigne. Hélas, ce tueur à gages (Bouli Lanners, égal à lui-même) se révèle totalement incompétent et lâche. Louise, l’ouvrière analphabète, va devoir assister Michel, le faux tueur, pour qu’il exécute son contrat.

Et c’est sur ce pitch carrément original et dingue que vont s’enchaîner des séquences toutes plus folles et inventives les unes que les autres.
C’est à une oeuvre teintée de douce mélancolie (comme tous leurs films, qui ne se contentent pas d’être juste des comédies) que nous avons affaire ici. Derrière le rire et l’irrévérence pointe une virulente critique sociale. Une réflexion noire sur notre monde actuel et sur le traitement accordé aux « petits ».
La banalisation de la précarité, la délocalisation, le rejet social, tous les maux de notre société nous sont balancés en pleine poire en osant en rire. C’est juste fort.
Et c’est la patte caractéristique des réalisateurs depuis leurs débuts. Nous alerter sur des drames du quotidien tout en les détournant pour en rire avec férocité et cruauté mais cachant une amère tendresse.
Oui, j’adore ces réalisateurs car ils proposent un cinéma comique français différent et intelligent loin des standards aseptisés et crétins dont nous abreuvent les Dany Boon, Gad Elmaleh, Kev Adams et consorts…
Voir un de leur film est un doux plaisir et ce Louise Michel ne déroge pas à la règle.

Il est peut-être moins drôle que d’autres mais reste marqué de cet humour caractéristique qui me plait tant.
Toujours filmé avec ce grain caractéristique qui donne à l’ensemble un côté misérable. Toujours avec des caméras lentes, souvent fixes ou suivant les acteurs dans leurs déplacements avec une flemme caractéristique. Toujours ce côté documentaire aux bonne senteurs « France profonde » que ne renierait pas l’émission culte Strip Tease.
Bref, un régal de plus.

Et que dire du génial tandem Yolande/Bouli? Acteurs récurrents de la filmographie des réalisateurs qui excellent dans l’exercice. Ils font rire de par leur bêtise. Ils ont des visages qui respirent tellement le vide. C’est dingue!
Puis ils sont accompagnés par bon nombre « d’ovnis » du cinéma si chers au tandem Kervern et Delépine. Benoit Poelvoorde en tête, mais aussi Francis Kuntz, Mathieu Kassovitz et Philippe Katerine…
Une inénarrable brochette d’acteurs tous plus allumés les uns que les autres pour ponctuer ce road-movie déglingué de moments de drôleries bienvenus.

C’est une fable sociale bien noire et bien anarchiste dont le propos ne va pas très loin mais dont la mise en scène grotesque et très carnavalesque nous fait oublier la facilité dudit propos.
Parfois très étonnant, voire très malaisant, ce Louise-Michel dynamite tout et n’épargne rien ni personne. Il ne respecte rien et s’amuse même à perdre son spectateur en mettant le doute sur l’appartenance sexuelle de nos deux protagonistes principaux. Loufoque, je vous dis!

Se montrant très virulent mais aussi très doux parfois, le long métrage m’aura réservé bien des surprises au fil de son scénario ainsi que bien des éclats de rire inattendus tombant comme un cheveu sur la soupe.

Pour finir, je dirais que ce film est encore une réussite de ses réalisateurs. Il aura su me faire bien rire tout en attaquant de manière virulente et sarcastique tout ce qui ne va pas actuellement. N’hésitant pas à surprendre et oser tout en poussant un duo d’acteurs têtes d’affiche dans leurs retranchements pour notre plus grand plaisir. Et puis la référence à la célèbre Louise Michel, anarchiste bien connue, ne pouvait que me plaire 😉

Ma note: 8/10.

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