HEAVEN UPSIDE DOWN-MARILYN MANSON (2017)

Pour ceux qui connaissent bien le Renard, vous n’êtes pas sans savoir que je suis un grand fan du révérend Manson et que chaque nouvelle sortie d’album du monsieur est un événement trans-dimensionnel pour moi.
Et c’est peu dire que de dire combien je l’attendais cet album!
La faute à Marilyn qui repoussait sans cesse sa sortie!
Mais enfin, le Graal est là et je peux poser mes oreilles dessus!
Que vaut alors cet « Heaven Upside Down » tant désiré?

Déjà, première douche froide, la pochette est dégueulasse et peu inspirée. Tous comme la symbolique de cet album ainsi que les trop rares artworks…Ouch…On a connu l’artiste apportant bien plus de soins à son packaging…Mais ça c’était à une autre époque…
Sinon, que 10 morceaux! Comme pour l’album précédent! C’est léger, ils ont intérêt à tous être bons!

Donc après moult écoutes, je peux dire que cet « Heaven Upside Down » est un album qui souffle à la fois le chaud et le froid. Loin d’entrer dans la liste de ces meilleurs albums mais loin aussi d’être ce qu’il a fait de plus mauvais.
J’aurai envie de dire que cet album est une sorte de « The High End Of Low » (que je considère comme le moins bon de ces CD) en mieux produit. En plus travaillé. Avec une ambiance bien plus cohérente sur son ensemble.
Ce que je reprochai à « High End Of Low » était qu’il n’avait pas vraiment d’idée directrice, il n’était qu’un enchaînement de morceaux sans liants entre eux et ressemblait à un pot pourri de tous les genres musicaux qu’avaient exploités Manson depuis ses débuts. Une sorte de best-of peu inspiré en somme.
On retrouve cette sensation là avec ce dernier album. Malheureusement.

On comprend l’idée directrice de l’album que l’on retrouve dans quelques morceaux (généralement les plus intéressants) mais force est de constater que cela sonne comme un coup d’épée dans l’eau. Les morceaux s’enchaînent sans vraiment trop de continuité et de sens et abordent des thèmes qui font parfois le grand écart d’un morceau à l’autre. Cela sonne alors plus comme une compilation que comme un album abouti tournant autour d’un thème central comme il avait coutume de le faire avec ses plus grands albums.
On peut remercier Tyler Bates (le nouveau maître musical derrière les compos du sieur Manson) qui apporte une tonalité pleine de noirceurs et un grain caractéristique à l’album ce qui lui confère au final plus de corps et de consistance qu’un « High End Of Low » du coup.

Si Manson semblait avoir retrouvé un élan créatif et un renouveau musical avec l’excellent album précédent « The Pale Emperor »; on pourra regretter que cela ne se poursuive pas pour ce nouvel opus.

Si l’on retrouve la patte bluesy et groovy de l’album cité plus tôt dans certains morceaux, notamment une gratte très caractéristique, il est vrai que sur certains autres morceaux l’artiste semble opérer un retour en arrière plus que désappointant. Lorgnant vers des albums de la grande époque sans en atteindre l’ampleur.
Manson semble coincé entre regarder dans le rétroviseur de sa gloire passée et assumer son nouveau statut plus blues, plus posé et plus introspectif.

L’album s’en retrouve alors divisé en deux parties bien distinctes.
Une où la rage et la colère semblent dominer et attaquant comme toujours les mêmes choses avec un regard bien sarcastique sur le monde qui nous entoure. Partie la plus lourde et hard de l’album.
Et une autre partie plus calme avec des morceaux portant plus sur le statut du monsieur et ses problèmes plus intimes.
L’on dirait que le gars ne savait pas trop sur quel pied danser en créant ce dixième album.

Sinon l’album contient évidemment quelques pépites musicales dont la pièce maîtresse et centrale est indubitablement « Saturnalia ». Hymne gothique de plus de 7 minutes lorgnant du côté de Bauhaus et Killing Joke avec une basse donnant le tempo, des guitares plaintives et un Manson qui s’éclate vocalement. Morceau surprenant et ô combien hypnotique et puissant que je m’écoute en boucle.
Quel dommage qu’il soit suivi de « JeSuS CriSiS » qui m’agace passablement avec sa rythmique autant musicale que chantée. Heureusement qu’elle est ponctuée d’un pont surprenant en son milieu et d’un final bien rageur nous ramenant aux grandioses heures d’une « Fight Song » salvatrice.
A noter une « Blood Honey » très réussie, ballade qui donne la part belle aux claviers et aux guitares lourdes avec un texte syncopé « you only say that you want me when i’m upside down » qui reste ancré dans l’esprit.
Une « Tattooed In Reverse » étonnante qui nous ramène à l’époque d’un « Golden Age Of Grotesque » et une « Say10 » monstrueuse, hybride entre NIN et un Manson de la grande époque avec sa guitare très Tyler Bates finalement qui s’obstine à ensorceler nos oreilles.
Pour le reste; des morceaux agréables et acceptables qui n’ont pas forcément la même intensité ou la même touche d’originalité.
C’est plus du recyclage de tout ce qu’a pu déjà faire Manson, par exemple avec une « Revelations#12 » se voulant être l’écho de la décadence crasse d’un « Antichrist Superstar » mais qui se rapprochera plus d’une « Hey, Cruel World » issue de l’album « Born Villain ».
Il en va de même pour d’autres morceaux qui évoqueront plutôt un « Eat Me, Drink Me » ou un « Pale Emperor ».

J’aurai peut-être des réserves à émettre sur le premier single « We Know Where You Fucking Live » qui s’avère inutile dans l’album. Typiquement le morceau que Manson se sent obligé de mettre pour nous rappeler qu’il est méchant et dangereux. Rien à faire ici tant il est hors propos. Il essaye de se la jouer « Holy Wood » sans en avoir malheureusement la puissance rageuse. Il en va de même pour l’autre single « Kill4Me » qui est tellement facile musicalement et accessible qu’il en devient insipide. Mais bordel, il en arrive à être entêtant!
Oh, le saligaud il a réussi son coup!
Un morceau parfait pour passer en boucle sur Oui FM entre Coldplay et U2.
Merde, mec, t’es capable de mieux que ce truc insipide quoi!

Au rang des satisfactions, on notera un retour plus pertinent d’une basse bien plus présente. Un retour des claviers/synthés comme on en avait plus entendus depuis longtemps et un Marilyn qui s’amuse toujours autant vocalement et propose de nouvelle choses. On retrouve ici tous ses gimmicks vocaux (et même quelques nouveaux) qui font toujours plaisir insérés dans un morceau. Même si certains sont assez agaçants à force (comme s’obstiner à finir en hurlant sur des morceaux calmes juste histoire de rappeler qu’il fait du rock ou cette volonté de susurrer les textes d’un morceau faiblement à la fin d’une chanson alors qu’il n’y a plus de musique…). Mais globalement on retrouve dans cet opus une voix mieux maîtrisée et plus habitée que dernièrement et c’est donc un grand plaisir tant son coffre caverneux est propice à instiller de bonnes ambiances vénéneuses dans nos oreilles.

Les textes quant à eux sont dans la veine habituelle du personnage. Pleins de jeux de mots, de double sens et souvent bien plus profonds et pertinents que ce qu’ils peuvent en avoir l’air de prime abord. Suffit juste de creuser. Bon, après, on sent qu’il a de plus en plus de mal à se renouveler quand même dans ses idées et ses écrits…

Au final on a pas une tuerie mais un très bon album bien produit avec quelques pépites gratinées d’une construction musicale qui sort du train train habituel couplet-refrain-couplet-refrain… Et ça fait du bien!
Un album qui prouve que Manson peut encore faire d’incroyables morceaux originaux avec une bien belle ambiance s’il se donne la peine de se sortir les doigts du uc. Dommage que tant de morceaux sonnent faciles et peu inspirés. Mais il y a toujours ce « truc » très mansonien qui fait qu’ils sont accrocheurs.
En espérant que le prochain album ait une ligne directrice plus forte et plus tenue. En attendant c’est de bons morceaux que je vais souvent m’écouter en boucle jusqu’à la suite.
Pas un chef d’oeuvre transcendant mais du solide et, de toute manière, c’est ce qu’on attend désormais d’un album de Manson. Un bon album agrémenté de morceaux très bons. Pas tous, mais certains. c’est déjà ça.

Ma note: 7,5/10.

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