Mother ! (2017)

Après l’incartade douloureuse Noé, Darren Aronofsky semble revenir au cinéma qu’il affectionne, loin des commandes de studios.
Avec ce Mother!, le réalisateur frappe fort, loin des standards du cinéma actuel et part dans une démarche jusqu’au-boutiste faisant fi de toute intention commerciale.
Si vous avez trouvé Black Swan trop alambiqué ou son Fountain trop complexe (ça peut se comprendre lol) alors je vous le dis de suite; pas la peine de vous attarder sur son nouveau long métrage. Vous n’y comprendriez rien et vous avoueriez vaincu bien avant la fin.



Car Mother! est un film empli de métaphores, d’allégories et autres subterfuges poussant le spectateur à une réflexion méta.
En sortant de la salle j’ai pu entendre des « c’était nul, j’ai rien compris!« , « j’ai eu l’impression que le film durait 6 heures, j’étais contente que ça soit fini » ou encore « c’est juste un auteur un peu fou qui se fait son monde dans sa tête… ». Et moi j’étais là, au milieu de tout ce torrent de déceptions et limite de haine suivant le sentiment de s’être bien fait floué, avec un large sourire me disant que je venais d’assister à une puissante et impitoyable proposition de cinéma.
Comment résumer l’histoire? 
Jennifer Lawrence (époustouflante dans le film) vit recluse avec son mari écrivain (Javier Bardem). Faisant tout pour le choyer et qu’il se sente au mieux afin de retrouver l’inspiration qui lui permettra d’écrire à nouveau; son quotidien se retrouvera vite perturbé par l’arrivée d’un étrange couple chez eux. A partir de cet instant tout va basculer et la jeune femme n’aura plus du tout le contrôle de son existence.


Mother! est un film perturbant qui joue avec les nerfs du spectateur. Distillant peu à peu de petits indices quant au sens de cette histoire, il est monté et réalisé de façon à nous maintenir constamment sur le qui vive. Scrutant chaque détail, analysant chaque dialogue; nous sommes invités à déceler le vrai du faux de ce film démarrant comme un thriller psychologique implacable.
Nous perdant en utilisant des codes du thriller et/ou du cinéma d’horreur, le long métrage nous fait tantôt songer à une histoire de fantômes, tantôt à une plongée dans la psyché d’une femme perturbée sans jamais nous éclairer là dessus.


Le réalisateur prend d’ailleurs un malin plaisir à ne jamais nous en dévoiler plus que nécessaire en décidant de se concentrer uniquement sur le point de vue de la jeune femme. La caméra ne quitte jamais Jennifer Lawrence, s’escrimant à fixer son visage de très près et s’autorisant à peine à des plans montrant uniquement ce qu’elle peut voir.
De sorte que l’on se sente, comme elle, délaissés et étrangers aux évènements qui se déroulent dans le film. En témoignent ses discussions que l’on entend à peine, semblant lourdes de sens, dès lors que l’actrice s’éloigne du lieu de l’action.
Pas une seule musique durant le déroulement du film. Juste une ambiance sonore insidieuse et oppressante. Permettant à l’ensemble de paraître encore plus stressant et nous incitant à être encore plus attentifs. Rien ne viendra nous sortir de cet étrange cauchemar surréaliste.
Le tout est incroyablement bien mis en scène, réfléchi à chaque plan et offrant des images lourdes de sens.


Seulement, voilà, dans cette effroyable fable sur un auteur tiraillé entre la volonté de ne pas perdre l’inspiration et sa soif infinie de reconnaissance; on peut trouver que le réalisateur pousse très loin les métaphores et les allégories.
Il m’est difficile d’expliquer le sens que j’ai trouvé à ce film (même si le titre du film écrit à l’encre sur le papier en est déjà un grand je pense) sans spoiler mais si ma théorie s’avère exacte (ou si une autre l’est en fait) l’on peut dire que le réalisateur va très loin pour exposer ses idées. Le caractère excessif du film peut sembler grandguignolesque à un certain moment. Peut-être aurait-il fallu aller moins loin dans le sensationnel afin de développer ces idées. Cela donne à l’oeuvre (surtout dans sa dernière partie) un côté carnavalesque qui la dessert peut-être; là ou elle savait se montrer plus tenue et subtile par avant.
Je ne saurai tout m’expliquer (un second visionnage serait nécessaire afin de confirmer ou d’infirmer mes idées) mais le film continue de me hanter et reste fortement ancré dans mon esprit. Ce qui est très fort puisqu’il y a encore énormément de zones d’ombres de mon côté. Quel est le rôle d’Ed Harris et de Michelle Pfeiffer dans cette histoire au final? Que représentent-ils? Quid de cette pierre/gemme si importante?


Malgré cela, l’oeuvre me laisse une forte impression et me fascine. Je pense donc que le pari est réussi et que le réalisateur a réussi son coup.
Ce qu’il faut aussi retenir du film c’est l’incroyable prestation de Jennifer Lawrence. Bien que je ne sois pas fan de l’actrice, force est de reconnaitre qu’ici elle est bluffante. Elle est poussée dans des retranchements que l’on ne pourrait soupçonner au début du film et j’imagine que le tournage a dû être terriblement éprouvant pour elle.


Bravo, elle m’a scotché!
Au final, même si l’oeuvre m’a laissé dubitatif, j’ai adoré cette métaphore féroce et d’une cruauté imparable. C’est beau et profondément désespérant aussi. Le film m’a parfois fait sursauter tant il va loin dans ses propos et la mise en image de ceux-ci.
Alors, forcément, il va diviser et je pense qu’il va se faire défoncer par les personnes peu enclines à ce genre de cinéma.
Le spectateur lambda n’étant pas habitué à être sorti de sa zone de confort. S’il cherche un film qui lui offre tous les tenants et aboutissants sur un plateau, il est certain qu’il n’aimera pas ce long métrage qui relève plus d’un essai artistique intellectualisant au maximum (certainement trop) des idées abstraites.


Si tout ceci ne vous fait pas peur, foncez le voir sans hésiter car il est d’une exemplarité technique et d’une puissance évocatrice sans pareilles.
Certainement un des films de l’année qui m’aura le plus surpris et proposé quelque chose de neuf et d’osé.
C’est pour ce genre de proposition cinématographique que je me motive à aller au cinéma.
Etre sorti de mon confort filmique quotidien, que j’aime ça!


Ma note: 9/10.

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