MUTE (2018)

Nouveau film exclusif Netlfix et non des moindres car il s’agit là de la dernière réalisation de Duncan Jones, jeune réalisateur aguerri à la science-fiction avec deux premiers long-métrages que sont Moon et Source Code (des réussites). Il a aussi dernièrement réalisé Warcraft, adaptation qui est à mon sens très réussie de l’univers Warcraft au cinéma mais qui ne fut pas un grand succès.

Avec Mute, Jones renoue avec son univers de prédilection qu’est la SF. Il nous replonge même dans l’univers de Moon car de multiples références à ce film sont disséminées dans ce Mute. Par contre, pas de panique, il ne faut aucunement avoir vu Moon pour comprendre Mute. L’histoire n’étant pas du tout liée avec la trame de son premier long métrage.

Tout est noyé dans la lumière dans ce film.

Ce qui est étonnant avec ce nouveau film, c’est que bien qu’il soit un film de SF, il n’en reprend pas les thèmes. D’accord cela se passe dans un futur proche, dans un Berlin modifié et marqué par les technologies du futur, avec des humains contemporains d’une certain avenir disons désabusé; mais cela n’influe en rien sur l’histoire. Le film aurait très bien pu se dérouler à notre époque avec le même scénario. Le côté futuriste est juste là pour la forme et pour une esthétique vraiment classe il faut le dire. Le registre de ce Mute étant plutôt celui du polar, du film noir. Et je pense que cela a pu décevoir de nombreux fans du réalisateur ce qui expliquerait son bashing assez injustifié. Le public s’attendant à un film avec un ADN plus SF j’imagine.

L’histoire est toute simple. Un barman muet prénommé Léo va entrer dans le monde des truands de cette Berlin des années 2050 afin de retrouver sa petite amie étrangement disparue. Il va vite découvrir qu’elle avait un passé mystérieux et qu’elle est liée à deux chirurgiens américains louches. Le scénario va aller de révélations en révélations et Léo va sombrer de plus en plus dans le doute et la méfiance.

J’te préviens, faut pas nous chercher!

Voilà donc, en gros, une bête enquête pour retrouver les traces de l’être aimé. Avec en touche d’originalité un personnage principal muet. Ce n’est pas grand chose mais cela suffit à maintenir ce film dans un niveau plus qu’honorable.  Effectivement le fait que notre héros soit muet va lui compliquer la tâche dans cette enquête. Il devra faire preuve d’ingéniosité pour questionner les personnages qu’il rencontrera au fil de l’histoire. De plus, il devra composer avec l’incompréhension de ses contemporains puisque dans ce futur là, son handicap peut très aisément être résolu. Mais étant amish, il est contre toutes ces technologies modernes et ne souhaite pas se faire opérer. S’ajoute alors un conflit intérieur de plus pour notre héros qui se trouve tiraillé entre ses aspirations personnelles (qui lui sont surtout héritées de sa mère) et le besoin d’user des technologies afin de faciliter son enquête. Tout est donc histoire de conflits. Moraux ou autres dans ce film.

Le point fort de Mute est son esthétique léchée. C’est très beau, très lumineux, tout en étant à la fois très sombre. Notre héros est inondé de lumières par le biais de néons, de panneaux publicitaires ou autres. On retrouve forcément un décor qui fait indubitablement penser à « Blade Runner », le film sonnant presque comme un hommage à cette œuvre. On retrouve donc aussi ici l’impact de ce monde futuriste sur le mental de notre héros qui se retrouve comme écrasé voire étouffé par le flot continu des éclairages qui lui rappellent qu’il est opposé à ce monde-ci. C’est donc beau et même hypnotique sur certains plans. Berlin y est sublimée. Par contre, je regretterai que l’aspect crasseux ne soit pas plus représenté car cela siérait très bien au ton noir du film. C’est un brin trop propre.

Pour ce qui est du casting, il n’y a pas grand chose à redire. Chaque acteur joue son rôle honnêtement même si l’on a peine à comprendre pourquoi Jones tient tant à grimer de façon aussi ridicule ses acteurs. Vous avez vu les tronches pas possibles de Paul Rudd et Justin Theroux (lui qui est un playboy ultime habituellement)? Le réal s’est fait plaisir en moumoutes!

Call me Mister Rouflaquettes!

Après le visionnage je dirais que je sors moins conquis du film que pour ses précédentes réalisations. Passée l’esthétique et les quelques idées visuelles faisant très SF du plus bel acabit, nous sommes face à un film lambda, voire même plutôt longuet et ennuyeux qui s’avère décevant dans sa conclusion. Car lorsque tout cela se termine, l’on prend vite conscience que la résolution de l’enquête était toute simple finalement. Duncan Jones a peut-être été trop ambitieux et a certainement vu son film plus grand qu’il ne l’était au final. Malgré quelques scènes du plus bel effet et à la signification puissante (la scène finale lorsque le héros ressort des flots par exemple) , le tout n’est pas très emballant. Cela s’avère plutôt quelconque. Et à noter aussi que la musique ne m’a pas spécialement transcendé. Et pourtant c’est Clint Mansell au manettes. Un compositeur qui m’avait habitué à tant de superbes BO (Requiem For A Dream pour ne citer que la plus connue). Autre point de déception donc.

En conclusion, j’aurai envie de dire que j’ai peut-être trop attendu ce film. La faute à Duncan Jones aussi qui nous l’a certainement trop vendu depuis des années. Ce n’est pas un mauvais film, loin de là, mais il s’avère trop anecdotique, et ce, surtout venant de la part d’un réalisateur de la trempe de Jones qui nous a habitués à des œuvres avec plus d’ampleur.

Ma note: 6,5/10.

 

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