NARUTO (1999-2014) de Masashi Kishimoto

Manga hypra connu de Masashi Kishimoto et ayant fait les beaux jours du magazine Shonen Jump durant plus d’une décennie, Naruto est une œuvre dont tout le monde a certainement entendu parler ces dernières années. A moins d’avoir vécu dans un obscur igloo au Groenland et encore… Tout le monde a en tête l’image du sautillant ninja en pyjama orange (vous parlez d’une tenue pour un ninja censé être super discret et furtif!) et a certainement aussi l’image d’une adaptation en animé plus que médiocre et à rallonge tout comme souvent avec les studios d’animation Toei. Bref, votre cher renard vient de se taper les 72 tomes qui constituent cette histoire fleuve et va vous en faire un rapide résumé ainsi qu’une critique-analyse aussi exhaustive que possible.

Le trio soi-disant au cœur de l’œuvre…

Naruto est un ninja vivant dans le village de Konoha. Un des nombreux village dont le monde est parsemé censé abriter et former des ninjas afin, entre autres, de défendre la nation qu’il représente et effectuer des missions à hauts risques de plus ou moins grande importance. L’art ninja consiste à malaxer son chakra et effectuer des attaques dites de ninjutsu consistant surtout en des sorts de métamorphoses, invocations d’êtres vivants ou d’armes et de projections du chakra. Le tout promettant des techniques proches de l’infiltration et/ou de l’attaque. En gros, c’est un manga de baston comme d’innombrables parsèment le Jump. Domaine de prédilection du magazine avec les gag mangas et les mangas de sport.

Ce cher Naruto qui rêve de devenir Hokage (considérez cela comme le chef et guide suprême du village ninja) est malheureusement habité par un légendaire démon renard qui aurait ravagé le village il y a des années de cela et causé la mort de nombreux ninjas. Se retrouvant réceptacle de ce démon bien malgré lui et sans trop que l’on sache pourquoi (en tout cas au début de l’histoire), il se retrouve ostracisé et mis à l’écart constamment. Ne demandant qu’à avoir des amis, il vit dans une profonde solitude et ne trouve comme seule solution pour se faire remarquer, que le moyen de faire des bêtises. Il va finalement intégrer une équipe de ninjas composée du mystérieux Sasuké, de l’ingénue Sakura et de leur maître/professeur Kakashi, réputé pour être un ninja capable d’effectuer 1000 techniques grâce à son Sharingan. Une pupille qu’il possède lui procurant d’incroyables capacités que normalement seule la famille de Sasuké (son disciple, vous suivez toujours?) est censée posséder… Donc voilà, toute cette petite troupe va vivre plein de missions et d’aventures jusqu’à s’entredéchirer au fur et à mesure que les secrets du passé seront révélés. On verra tout ce petit monde grandir et évoluer, affronter des menaces de plus en plus grandes telles qu’Akatsuki (une bande de mercenaires ninjas pas très très sympas) jusqu’à la conclusion apocalyptique et tonitruante du manga.

J’entends le ninja, le renard et la baston!

Déroulement très classique pour un manga de ce genre qui démarre de fort belle manière. Les premiers tomes sont vraiment très bons. Nous présentant des personnages intéressants, aux potentiels passionnants et aux backgrounds développés. L’univers présenté dans Naruto est passionnant nous dévoilant un monde dominé par l’art ninja qui promet d’explorer de nombreuses techniques toutes plus étonnantes les unes que les autres et permettant des combats sortant de l’ordinaire. Le monde représenté semble aussi immense et donne envie de le découvrir plus. Les différents villages cachés des ninjas, les différentes cultures, tout le passé historique des conflits entre ces villages… Cela démarre sur des chapeaux de roue et la première partie du manga est réellement réussie n’accusant que quelques défauts anecdotiques. On prend un vrai plaisir à suivre les tribulations de Naruto et à connaitre les autres personnages intéressants qui gravitent autour de lui tels que Gaara, Shikamaru ou Jiraya.

Là où ça commence à sentir fortement le pâté c’est dans la seconde partie du manga qui démarre au tome 28. L’auteur fait un saut dans le temps et fait grandir nos personnages. A partir de cet instant, le manga va aller de déception en déception et va perdre toute sa saveur originelle. Souffrant du syndrome « Dragon Ball » mais en bien plus amplifié ici, Naruto va perdre énormément d’humour pour laisser la place à un sérieux bien moins captivant. Les rapports de force vont être totalement irrespectés nous entraînant dans du grand n’importe quoi et l’histoire va sombrer dans des débats intérieurs pathétiques pour certains personnages.

Le pire étant que l’auteur va complétement laisser de côté un paquet de personnages qu’il aura développé dans la première partie, se concentrant uniquement sur Naruto et Sasuké, les rendant de plus en plus forts au détriment du développement d’autres personnages. Les personnages féminins en prime, totalement oubliés et laissés au rang de ninjas médecins (histoire de justifier qu’elles participent moins aux affrontements mais de dire que bon, elles servent soi-disant à quelque chose quand même). Tout ceci se retrouve dans Dragon Ball aussi dès le moment ou Goku et sa bande font un saut dans le temps les rendant adultes. Ce manga étant le maître étalon du genre, il est un point de comparaison évident. Sauf que comme je l’ai dit précédemment, dans Naruto, le contraste est encore plus saisissant et le manga devient encore plus agaçant.

Coucou l’auteur, tu nous aurais pas oubliées??? On est pas que des potiches hein!!!

Déjà, l’univers qui s’offrait à nous au départ va vite nous sembler très limité. les décors variant très peu et ce n’est pas la représentation originale de deux-trois villages cachés qui va nous émerveiller. Le monde ninja est peu exploré. Nous limitant à des forêts et des étendues rocheuses à perte de vue. Tiens, tiens, revoilà le spectre de Dragon Ball… Beaucoup de nouveaux personnages introduits durant la seconde partie du manga s’avèrent totalement inutiles et font office de remplissage. Saï, par exemple, personnage censé remplacer Sasuké qui se trouve être une pâle copie rapidement mise de côté dans l’histoire…Comme beaucoup de choses… La palme revenant à l’équipe de ninjas que se constitue Sasuké qui ne sert strictement à rien dans le scénario. Personnages totalement agaçants qui puis est. Donc pas mal de remplissages inutiles avec des protagonistes pas intéressants alors que d’autres auraient gagnés à avoir plus d’importance.

Sur combien de ses innombrables personnages l’auteur va-t-il chier?

Les combats deviennent vite dantesques et atteignent des proportions énormes qui n’ont plus rien à voir avec ce qu’on est en droit d’attendre lorsqu’on parle d’affrontements ninjas. Exit la discrétion et les stratégies. Et bonjour les boules d’énergies de chakra qui explosent à tout va ainsi que les monstres aux proportions « Godzillesques ». Fort heureusement, il reste des personnages intéressants dans cette partie. Des personnages qui nous offrent des affrontements originaux et bien plus passionnants à suivre que ceux de Naruto et les autres fers de lance du manga. Shikamaru étant un de ces personnages qui fait plaisir à revoir et qui offre des moments vraiment rafraichissants. Malheureusement ils sont trop peu à venir nous sortir du marasme général de la seconde moitié de l’œuvre.

A noter qu’à la fin du manga, l’histoire semble reprendre un peu de poil de la bête avec la quatrième grande guerre ninja. Un souffle intéressant réapparaît avec des contextes géopolitiques et de la stratégie dans l’univers de Naruto. On notera aussi avec cette guerre, l’introduction de nombreux protagonistes qui diffèrent de ceux auxquels ont fut habitués jusque là. Un vent frais qui fait du bien durant quelques tomes jusqu’à….l’affrontement final…

Un véritable calvaire que les derniers tomes du manga! Le combat final s’éternise et s’éternise. Allant de rebondissements en rebondissements toujours plus grotesques…Les révélations s’enchaînent et à chaque fois un nouvel ennemi qui s ‘avère en fin de compte derrière tout ça pointe le bout de son nez…C’est pénible et pathétique à la fois. Tant on souhaite juste que cela se finisse mais à chaque fois l’auteur nous sort un nouveau personnage de sa manche qu’il faut affronter dans des combats toujours plus incompréhensibles. Honnêtement sur certaines planches, il faut s’y prendre à plusieurs fois pour comprendre ce qu’il s’y passe…Et la fin tant attendue arrive enfin, de manière expédiée nous laissant en suspens sur le sort de nombreux protagonistes. Se concentrant encore quasi exclusivement sur les deux personnages décidément de plus en plus insupportables à suivre que sont Naruto et Sasuké. Oufff, fini!

Tu sais pour quelles raisons on se met sur la gueule encore? Oui? Non? Oh OSEF, bastonnnnnnnn!!!!!

Et oui, Kishimoto rend ses héros insupportables…

Naruto s’obstinant dans ses idées de pardon et d’amitié à tel point qu’on a l’impression d’avoir un neuneu totalement abruti devant nos yeux. Et le pire étant Sasuké. Personnage sur lequel l’auteur s’est totalement loupé. Lui conférant un caractère détestable d’émo mal dans sa peau qui dit fuck au monde et reste campé ses positions même après qu’on lui ait prouvé par A plus B qu’il avait tort. Horrible de suivre ses démons intérieurs à ce mec! Il est totalement con et dans le déni le plus total. Tout ça pour instiller une tension entre Naruto et lui jusqu’à la fin du manga dont on se serait bien passé tant c’est tiré par les cheveux et ubuesque. Puis toutes ces histoires de pupille à droite, à gauche; on s’y retrouve plus du tout. Horrible j’vous dis! N’oublions pas que tous les atermoiements de Naruto et Sasuké sont appuyés par des flashbacks incessants. Au bout de la dixième fois que l’on se retape les mêmes planches de souvenirs on a des envies de meurtres irrépressibles. Oh putain que c’est pénible de se retaper toujours les mêmes moments! On a compris Kishimoto ce qui a eu lieu dans le passé des personnages, c’est bon quoi!

Et si je ne parle pas des deux autres personnages dits « importants » de la série c’est parce que Sakura est rangée au rang des troisièmes zones, personnage féminin oblige…L’auteur essaye péniblement de nous rappeler qu’elle est toujours là et qu’elle est forte malgré tout en la ramenant par à coups sur le devant de la scène. Ses éclats se limitant à des coups de poings violents et destructeurs puis bye-bye meuf…Tu gènes plus l’auteur, ton créateur, qu’autre chose dans cette histoire…Et leur maître, l’estimé Kakashi, dont on attend toujours de voir ses 1000 techniques, qui nous en montre peut être 10 à tout péter dans plus de 70 tomes…

Il faut aussi relever une chose très énervante à la lecture de ce manga. Une chose qui a même eu son nom dans le milieu des amateurs de manga. C’est la « narutisation » des méchants. Alors oui, les shonens sont basés sur la force de l’amitié, la camaraderie et autres du genre et il n’est pas rare qu’un ou deux ennemis virent leur cuti au cours de l’histoire mais dans Naruto c’est quasi systématique! Même les plus méchants, les plus bad-ass, ceux qui ont tués de centaines de personnages, finissent par faire leur mea-culpa et s’allient à nos héros. Et bien évidemment, on leur pardonne tout…Juste navrant. Pas un personnage n’est réellement méchant. Ils rejoignent tous Naruto grâce à sa légendaire force de persuasion…Bienvenue au pays des bisounours…Et cette capacité à tout pardonner et excuser…Oh bordel, que c’est chiant!

Nan mais t’as vu comment que tu traites mon manga!!!

Pour finir, Naruto a été un gros phénomène et c’est en grande partie assez immérité. Si le manga a démarré sous les meilleurs augures et était véritablement prenant et passionnant durant une trentaine de tomes, il a vite sombré dans le n’importe quoi. L’auteur a semblé dépassé par sa propre œuvre. Ne sachant plus trop que faire de ses personnages, en en oubliant certains et en étirant une histoire qui s’est rapidement essoufflée. Cela rappelle fortement Dragon Ball… D’ailleurs si les défauts évidents du manga Dragon Ball vous ont agacés, ne vous lancez pas dans Naruto car ceux-ci sont ici décuplés. On ressort de la lecture avec un sentiment de gâchis. L’œuvre aurait pu être bien plus intéressante si l’auteur n’avait pas cédé à une certaine facilité commerciale. Dommage, dommage; car il y a néanmoins énormément de passages vraiment agréables dans cette œuvre.

Ma note: 5/10.

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