Nymphomaniac (2014)

Ce film qui a fait souffler le chaud et le froid sur lui mérite plus d’attention et d’intérêt que ce qu’on a bien voulu lui accorder. Car ce film a été injustement trainé dans la boue et méprisé, en tout cas à mes yeux et selon mon ressenti de spectateur. Car Lars Von Trier a signé un brûlot féministe que les associations féministes n’ont visiblement pas compris ( pas étonnant puisque les chiennes de garde aiment aboyer avant de réfléchir…).

Nymphomaniac dans sa version originale et non charcutée par les producteurs dure 5 heures. Oui, je me suis infligé 5 heures de visionnage divisées en deux parties de 2 heures 30 chacune. Et je suis loin de considérer cela comme du temps perdu.

Le film retrace la vie de Joe (éblouissante, magnifiée, bouleversante Charlotte Gainsbourg à son paroxysme) durant ses 40/50 premières années. Son problème étant qu’elle est nymphomane. Insatiable assoiffée de sexe jusqu’à en souffrir dans sa chair; sa vie entière est conditionnée par ce besoin constant de satisfaire ses pulsions. De sa plus tendre enfance jusqu’à l’âge mur, elle a toujours été obsédée par l’acte sexuel bestial.

On est alors spectateur de la vie de Joe sans cesse dirigée par ses pulsions, ses désirs, ses fantasmes…

Au début du film, elle est à terre dans une ruelle, visiblement battue, et un vieillard qui passait dans le coin va la recueillir. Elle va alors raconter à ce sauveur providentiel toute son existence et expliquer comment elle en est arrivée à un tel point.

S’enchainent alors 8 actes tous reliés à un élément de la chambre du vieillard, nommé Seligman.

Alors oui, le film est cru, bestial, violent, sans concessions. On y voit une tripotée de pénis, de vagins, de rapports sexuels pas du tout cachés. Mais bordel, ce n’est pas un film pornographique et ce n’est pas le seul intérêt du film. Honnêtement si l’on veut se rincer l’oeil sur des femmes et/ou des hommes à poil ce n’est pas vers ce long métrage qu’il faut se tourner. Ce film fait dans l’honnêteté totale et donc on voit toutes les morphologies (de corps comme de pénis héhé). Ce film n’épargne pas les corps abimés et meurtris par les vicissitudes de la vie et il faut avouer que certains corps nus font plus de peine à voir qu’autre chose. Cela contribue encore plus au côté authentique et documentaire du film. Car ou, la vie de Joe est vécue comme un documentaire avec beaucoup d’images hors-sujet qui se superposent sur son histoire et beaucoup d’explications scientifiques.

Ce film qu’on a accusé de provocateur, de voyeurisme, de misogyne, de faire montre de violence gratuite…personnellement je ne l’ai pas du tout ressenti tel quel. Pour moi c’est surtout un film immensément triste qui nous dévoile une héroïne malheureuse et perdue. Elle a beau essayer cette chère Joe de convaincre Seligman qu’elle est mauvaise, on ne peut s’empêcher d’éprouver de l’empathie pour elle. Alors qu’elle a effectivement contribué à détruire beaucoup de vie. C’est là la force du scénario, de la mise en scène et surtout de l’interprétation de Charlotte Gainsbourg.

Ponctuée de scènes très fortes et viscérales, la vie de Joe est loin d’être un long fleuve tranquille et derrière sa fragilité et sa sensibilité à fleur de peau, Joe est l’archétype de la femme forte qui lutte envers et contre tous pour mener la vie qu’elle désire. Même si aux yeux de la bienséance, ses actes peuvent paraitre abjectes, elle revendique son droit à mener sa vie comme elle l’entend.

C’est intéressant de voir que son Seligman, son interlocuteur, est le reflet de la société et que Joe débite en fait les discours de Lars Von Trier. Seligman est souvent choqué par ses propos et ses actes mais essaye de la comprendre, de l’excuser, de lui trouver du bon alors que ses pensées vont à l’encontre de la morale actuelle bien pensante. Joe, elle, ne se démonte pas et assume parfaitement tout ce qu’elle pense sachant pertinemment qu’elle est jugée et mise au ban de la société pour cela. Ce que Seligman prend pour de la provocation s’avère être finalement bien plus réfléchi que ce qu’il imaginait et ses vérités vont très rapidement être remises en question.

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Le sexe est évidemment le sujet central du film. Qui conditionne tout dans la vie de chaque individu. Tout este terminé par le rapport à la sexualité chez l’individu. La manière dont il vit, sa situation sociale…Seligman ne supporte pas un avis aussi réducteur, arguant que l’homme n’est plus un animal mais un être pour lequel les sentiments prennent le pas sur le désir pur. Encore une fois, tout cela va être mis à mal.

La sexualité est décortiquée sous touts ses coutures. D’un point de vue d’une relation amoureuse stable, d’une relation masochiste, libertine, adultère…au final tout reste assez sombre et déprimant. Tout estc alculé, tout est hypocrisie. L’idée que notre société entière repose sur un château de sable bâti sur l’hypocrisie est le leitmotiv de Joe. Ce que Seligman essaye d’objecter avec force mais il ne peut nier que les fondations de tout ce en quoi il croit avec véhémence semble s’écrouler sous le poids des mots de Joe.

Alors, tout n’est pas noir non plus. Joe a vu du bon en l’humain. Notamment durant son enfance avec sa relation forte et touchante avec son père. Elle a aimé. Elle a même enfanté malgré ses milliers de partenaires sexuels et son mode de vie instable.

Elle a vu du bon en l’homme. Elle voit du bon en Seligman qui prend la peine de l’écouter et de ne pas la juger. Ce qui amènera à ce qu’elle lui avoue qu’il est son seul ami. Lars Von Trier oblige, les dernières secondes du film vont s’avérer très sombres et dénuées d’espoir. Ce qui confortera l’idée de Joe sur l’humain et sur l’hypocrisie humaine (entendez l’hypocrisie sous jacente de toute notre société). Cela lui explosera au visage, laissant le spectateur avec l’idée que tout ce qu’elle peut penser s’avère finalement vrai. Dans le monde de Lars Von Trier il y a peu d’espoir et peu de crédit apporté à l’humain. L’humain n’est que déception et dès qu’on lui ouvre un peu notre porte, ses instincts de dominance primaires ressurgissent…la morale de ce film est peu joviale je l’avoue.

Que dire d’autre si ce n’est que le film est une prouesse cinématographique. Lars confirme qu’il est un des plus grand réalisateur de notre époque. Il y a gemment d’idées de mise en scène, de pépites visuelles disséminées tout le long du métrage. Rien que la scène avec Uma Thurman en femme trompée qui débarque avec ses enfants chez la maitresse de son mari. Scène intense remplie d’émotions au cours de laquelle le cadre se resserre tout doucement. Se faisant de plus en plus petit sur les personnages pour marquer l’intensité du moment. Ou encore cette scène entière en noir et blanc dans laquelle le père de Joe meurt d’une sorte de Délirium Tremens qui est déchirante. On vit son agonie ainsi que la détresse de Joe comme si on était à côté d’eux. Ce film fait naître une véritable empathie pour des personnages que l’on voit parfois très peu. Même l’irascible Shia Labeouf qui est pourtant au début du film un sale con arrogant finit par nous toucher des années plus tard en mari éperdument amoureux d’une femme qu’il n’arrive pas à combler sexuellement; prêt à tout pour la garder tant il l’aime au point d’accepter des choses que peu de personnes accepteraient.

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Les acteurs n’hésitent pas à donner de leur personne (même de leur corps si j’ose dire. Je crois pas avoir vu d’autre film avec autant d’acteurs célèbres nus. N’hésitant pas à montrer leurs imperfections et les ravages du temps sur eux. Courageux pour des stars où l’heure est à l’icônisation esthétique des corps à outrance). Il faut dire aussi que pour les scènes de sexe, des corps d’acteurs pornos ont été substitués aux corps des acteurs lambda. Je trouve que cela se voit  parfois, notamment sur les plans rapprochés de pénis (car oui,je trouvais que parfois cela ne faisait pas raccord voire carrément faux pénis…enfin je ne suis pas là pour débattre sur les pénis, et c’est pas le sujet du film!).

Donc la nudité peut en choquer certains mais elle n’est jamais gratuite et lors de la seconde partie du film, elle se fait moins présente, se concentrant plus sur le développement intérieur (sans mauvais jeu de mot) des personnages. Bon, rien ne nous est épargné par contre, des fists option rectum aux coups de fouets avec options lacérations ensanglantées; y’en a pour tous les goûts!

Je vous l’avais dit c’est cru. Mais ce côté cru est essentiel pour l’imprégnation du film. Et cela dessert toujours l’histoire et les personnages. Je le répète, rien n’est gratuit ou racoleur.

Nous avons affaire à une vraie réflexion sur la sexualité vécue de nos temps. Comment qu’elle est vue lorsque vécue de manière débridée chez les femmes. Son rapport avec la religion. Nos principes moraux. Et même son liens bec la musicalité et la pêche à la ligne(sic).

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A noter, toujours ce lien fort qui joint la sexualité à la mort. D’ailleurs une scène du film m’a fortement rappelé Antichrist (un des précédents films de Von Trier quia fait aussi choqué et fait polémique à l’époque). Cette scène ne va pas jusqu’au bout de son idée mais montre clairement ce lien ténu. Il n’y a qu’à voir comment Joe s’abandonne au sexe bestial et irréfléchi dès qu’elle est confrontée à la mort. Elle court derrière ce besoin de se sentir vivante. Vous avez dit morbide?

Sinon, niveau réalisation, ce film nous gratifie d’images très fortes qui restent ancrées dans la rétine. La scène de l’auto-avortement m’a littéralement retourné les tripes et pris au dépourvu. Pourtant j’en ai vu des choses salaces et dures dans de nombreux films( genre Cannibal Holocaust, A l’intérieur ou encore Les 120 jours de Sodome…) mais cette scène toujours grâce à son côté cru et sans artifices m’a vraiment mis mal à l’aise. Etant un homme, je me demande comment une femme réagirait devant ce…ce…ce massacre…l’image finale va me hanter longtemps. Encore une fois mention à Charlotte Gainsbourg qui entre les hurlements de douleur et les pleurs de tristesse va finir par nous faire croire qu’elle l’a réellement fait.

Par rapport à l’avortement justement; ce film remet les choses en question. Sur ce sujet qui reste malgré tout épineux. Etant pro-avortement, je dois avouer qu’il m’a fait réfléchir en adoptant des points de vue peu dévoilés. Il en va de même pour la pédophilie. Oui, ce film ne se met aucun sujet tabou et quand la cas grinçant de la pédophilie apparaît; rebelote; il fait pas mal cogiter sur cette pratique monstrueuse. Edifiant et malin. Quand je vous disais que ce film bouscule pas mal de choses acquises.

Tout est remis en question sans pour autant être accepté ou cautionné.

C’est vraiment un film dont la pensée et la morale vont à l’encontre des codes de notre époque.

C’est rafraichissant finalement et du coup très mais très subversif.

Ce qui est dommageable c’est que justement le personnage de Joe cherche trop à faire passer les messages du réalisateur. A travers ses propos sur Hitler, sur le sionisme et autres. On ressent vraiment que le type cherche à justifier ses récents dérapages qui ont provoqués de vives polémiques( mais sachant que Charlotte Gainsbourg est depuis des lustres en couple avec Yvan Attal, fervent défenseur de la cause juive; je pense que si elle accepte de jouer ce personnage et de dire ce qu’elle dit c’est que Von Trier n’est vraiment pas antisémite ou je ne sais de quoi il est encore accusé…).

J’ai aimé la poésie des images qui se dégage de ce film car en outre des personnages, la nature est aussi mise à nu dans beaucoup de jolis plans. Et le parallèle fait entre les saisons et la vie sexuelle de Joe est vraiment joli et bien pensé. A noter que sur quarante années de sa vie que l’on suit; on ne la voit en hiver que lorsqu’elle ne ressent plus rien sexuellement. C’est l’unique moment ou on a droit à des plans enneigés et froids. A croire que le monde ne ressent alors plus rien comme elle, plongé dans une obscurité et une solitude infinie. Pareil pour l’utilisation des arbres et de leurs meurtrissures. L’idée de l’arbre-âme est très poétique et sublime je trouve. On en revient à l’éducation du père et à l’importance qu’il a eu pour Joe. Ce rapport à la nature et aux arbres montre qu’elle s’accroche malgré tout à des bribes de son passé alors qu’elle dit pourtant ne plus croire en rien et ne plus pouvoir calmer son appétit. Sauf quand elle ressort l’herbier de son enfance.

Un très beau et très grand film. Un chef d’oeuvre. Une oeuvre viscérale, pertinente, essentielle dans une époque ou le conformisme tue le cinéma.

Certains vont trouver ce film long, ennuyeux et inutile et d’autres y verront, comme moi, un message bardé d’idées et d’intentions novatrices.

Je ne comprends vraiment pas les critiques faites à ce film comme quoi les femmes sont montrées comme des soumises, des putes (disons le clairement), des êtres faibles qui ne trouvent leur jouissance que dans la maltraitante…je ne comprends pas les féministes qui n’y voient pas un symbole fort d’une femme qui, à l’image de son arbre-âme, est ballotté par les vents, plie mais ne se rompt pas. Trônant fièrement au milieu de tous les regards et menant sa vie faisant fi de toutes les vindictes.

C’est incroyable d’avoir une vision aussi réductrice de ce film qui invite à la réflexion sur tellement de sujets qu’on a si peur d’aborder en public.

Petit aparté sur la musique qui va de Rammstein à Bach et Beethoven (tout ceci reste très germanique) et qui finit dans les dernières secondes sur « Hey Joe » magnifiquement chanté par Charlotte Gainsbourg. La boucle est bouclée.Rideau.

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En conclusion, j’ai envie de vous dire qu’on reconnait une oeuvre d’art par le fait qu’elle suscite une réaction auprès du public. Qu’on aime ou qu’on déteste, une oeuvre d’art se doit de bousculer son auditoire et d’inviter à la réflexion. Sinon ce n’est qu’un essai vain. Ce film bouscule, révolte, questionne, provoque tout en suscitant des émotions. Pour moi, ce film est à ranger aux côtés des tableaux des plus grands maitres, des albums des plus grands artistes, des livres des plus grands auteurs. J’espère que dans des décennies il continuera d’alimenter des questionnements et de l’intérêt comme le font de nos jours encore la Joconde  ou le Guernica.
Oui, c’est de l’art. Oui, c’est une expérience. Oui, c’est un film nécessaire. Une folie provocatrice certes grandiloquente et arrogante mais qu’aurait été par exemple Dali sans cela.

Je vais le digérer et certainement le revoir sous un oeil neuf maintenant que j’en sais tous les tenants et aboutissants. Je suis persuadé que je vais y trouver de nouvelles choses.

Ah oui, car j’ai aussi oublié de vous dire qu’une ouvre se redécouvre à chaque fois qu’on s’y arrête à nouveau.


Ma Note : 9,5 / 10 

5 réflexions au sujet de « Nymphomaniac (2014) »

    1. Ah oui? lol. Je n’ai pas fait de rêves bizarres. Par contre je n’aurai jamais tenu sans voir le second direct après le premier. Bravo. Tu as des nerfs d’acier.

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