Sandman (1989 – 1996)

Alors là on touche au panthéon de la bande dessinée américaine avec Sandman. A l’indétrônable. Dire que Sandman a influencé et modifié l’image de la culture comics est un doux euphémisme. Derrière ce monument, il y a Neil Gaiman. Auteur prolifique un peu fou sur les bords, sorte de Tim Burton pour les supports papier, cet homme a un imaginaire vaste et sans limites. Il adore créer des univers sombres. Il adore jouer avec les images mystiques et divines. Il adore confronter des enfants à leurs peurs.
Il est la personne derrière Coraline, Stardust, American Gods et tant d’autres…
Et en plus de ces nombreux romans, il a écrit un comics durant des années. Enfin il faut dire roman graphique de nos jours quand l’oeuvre est considérée comme artistique. Et c’est clair que nous touchons à l’artistique ici. Loin derrière les habituelles histoires de super héros.
On suit dans cette histoire les aventures de Dream. Ou Rêve. Ou foule d’autres noms selon les langues, les cultures ou les époques. Il est le Sandman, le marchand de sable. Il est un membre des Eternels, êtres immortels relevant du divin qui représentent et sont les maîtres des concepts humains. Lui il domine le royaume des Songes. Sa sœur n’est autre que la Mort. Mais il y a aussi le Destin, le Désespoir, le Délire etc etc. Tous ces concepts sont des Eternels qui croiseront notre héros a un moment donné.
Vous l’aurez compris avec la présentation du personnage principal; Sandman est une oeuvre très abstraite. Très bizarre et déstabilisante. Difficile à appréhender aussi…Mais le jeu en vaut la chandelle. Jonglant avec de nombreuses mythologies et de nombreuses légendes ayant prospéré à travers les âges dans toutes les cultures du monde, Gaiman s’amuse dans des histoires oniriques à nous dépeindre les Eternels dans diverses situations. Confrontés à la cupidité, à la bêtise des hommes, ils doivent souvent retrousser leurs manches pour garder leurs royaumes intacts. En tout cas c’est le cas de Dream; qui semble avoir énormément à cœur de maintenir les rêves et les cauchemars dans un ordre établi inaltérable.
C’est juste fascinant de voir comment Gaiman met en image les capacités de Dream. Un individu capable de se déplacer dans les rêves humains. De créer des lieux de songes avec comme seule limite possible son imagination. Il crée des démons censés représenter chaque cauchemar. D’autres censés représenter un lieu idyllique de rêves. C’est juste dingue et sans limites. Il faut avoir l’esprit bien ouvert pour lire Sandman et parfois se reprendre à plusieurs fois pour décrypter certaines cases. Le tout est parfois vraiment abstrait comme dit précédemment. Parfois nous sommes plus face à des tableaux figuratifs que devant des cases cohérentes d’une bande dessinée.
Du coup, avec comme seules limites l’imagination d’une divinité, peu de choses sont respectées et ordonnées dans cette BD. Le découpage des cases est souvent original voire chaotique. Certaines histoires s’étalent sur plusieurs siècles. D’autres ne voient que Dream apparaître pour une ou deux cases, le restant étant surtout arrêté sur des humains se perdant dans leurs rêves.
Puis les histoires sont comme des rêves. La BD ne suit pas un genre bien défini. Certaines histoires sont horrifiques telles des cauchemar. D’autres sont très belles. Parfois elles sont tristes, nostalgiques, écœurantes…Le tout est très diversifié comme peuvent l’être les millions de rêves que l’humanité vit chaque jour.
Pour appuyer encore plus cette liberté scénaristique et de ton qu’a eu Gaiman avec cette série il faut savoir que chaque chapitre est dessiné par un dessinateur différent. Ainsi chaque rêverie a son style. Le Sandman est à chaque fois représenté un peu différemment selon la sensibilité du dessinateur. mais aussi selon le rêve qu’il traverse. Car s’il est le maître des lieux, il est aussi dépendant des rêves. Il a besoin que les hommes rêvent pour vivre correctement.
C’est une oeuvre dense avec une incroyable portée philosophique. Le fait de personnifier des concepts aussi impalpables que la Tristesse ou la Solitude ouvre la porte à des multitudes de possibilités de scénarii. C’est empli de pensées métaphysiques et c’est juste très très surprenant.
Comme le titre de l’oeuvre le laisse présager, chaque tome fermé nous laisse songeur. Jamais une telle sensation que nous ne sommes rien de plus qu’un simple rouage ridicule d’une machination universelle qui nous dépasse n’a été plus palpable. On sort épuisés de la lecture mais avec à chaque fois une vision différente des choses immatérielles qui nous entourent.
Il m’est impossible de vous énumérer toutes les portes ouvertes par cette série. Toutes les pistes de lecture possibles.
C’est un travail de fou. L’oeuvre d’une personne qui s’est totalement lâchée avec des concepts difficiles à appréhender et même à capturer en images.
Cette bande dessinée est un conte tantôt macabre, tantôt tragique. C’est une incroyable pièce de théâtre avec pour personnage central l’humanité depuis qu’elle est née. Dream y campe un marionnettiste taciturne profondément humain pour une divinité.
Alors évidemment, puisque c’est une série éditée par DC comics, il y a quelque fois des personnages connus de la maison mère qui apparaissent tels que la Justice League ou Constantine mais c’est toujours assez furtif. L’auteur préférant s’attarder sur des anonymes.
Il m’est souvent arriver de rire ou d’être profondément choqué selon les chapitres. Nos rêves peuvent être parfois tellement sombres. Et le Sandman n’y cherche même pas de sens. Rien n’a de sens parfois dans les chapitres. Et pourtant cela accroche le lecteur comme pas permis.
D’ailleurs l’impact qu’a eu cette série est encore évident de nos jours. l’image du Sandman nous évoque inévitablement Edward aux mains d’argent ou encore The Crow. Personnification parfaite du gothisme, le personnage est entré dans l’inconscient collectif sans qu’on y prête attention. Un peu comme le fait de rêver qui est inné chez nous. L’image du Sandman ne prête même pas à débat. C’est ainsi qu’il est.
Bon, par contre, cette BD ne pourra pas plaire à tout le monde. Elles est très compliquée à suivre. Très bavarde aussi. On est loin de la BD d’action super héroïque. Les dialogues parlent de choses tellement abstraites que si l’on ne se concentre pas un minimum on peut ne rien comprendre à ce qu’il se dit. Il faut vraiment s’accrocher pour la lire. Soit on rentre dedans, soit pas. Mais si on a la chance de s’y immerger, c’est un incroyable voyage initiatique qui nous ouvre l’esprit.
Un classique multi-récompensé. Un monument qui a fait date dans l’histoire de ce genre de littérature. Qui a profondément bouleversé la vision que l’on pouvait avoir de ce genre de littérature. L’art est partout même dans la pauvre BD américaine que certains aiment à descendre comme un média commercial sans intérêt juste bon pour les ados en mal de sensation. On peut dire merci à monsieur Gaiman pour ça.
C’est juste époustouflant et incroyable ce qu’il a  fait à travers le mythique personnage du Sandman.
D’ailleurs une adaptation ciné est dans les tuyaux depuis des années mais tout le monde s’y casse les dents. Normal pour moi, tant la chose semble inadaptable. Nous verrons bien. En attendant c’est un énorme coup de cœur qui me donne envie de m’y replonger à chaque fois que j’y songe.

Ma note: 9,5/10.

9 réflexions au sujet de « Sandman (1989 – 1996) »

  1. Je suis en plein dans le tome 2 ! Je lis très peu de BDs, mais celle-ci me transporte. Et je n’étais pas au courant pour les projets d’adaptation au cinéma, mais je préfèrerais presque qu’ils s’abstiennent… C’est une oeuvre qui se suffit vraiment à elle-même.

  2. Autant j’ai adoré les scénarii de cette intégrale volume 1, autant certains dessins trop crus m’ont pas mal dérangée …bon en même temps, c’est le genre qui veut ça… Mais du coup je pense que je regarderai plutôt le film qui j’imagine sera moins effrayant au niveau visuel si le public visé est large…

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