Six Feet Under

Cela va m’être difficile de parler de cette série car elle fait partie; aux côtés de Breaking bad, Les Sopranos, The Wire et quelques autres; du panthéon des séries qui auront marqué leur temps et surtout qui auront eu une reconnaissance critique les classant dans les meilleures séries de tous les temps.
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Après l’avoir revue pour dans son intégralité pour la troisième fois, je peux dire sans sourciller une seule seconde que bien qu’elle soit toujours une très très bonne série, elle ne fait pas partie de mes séries favorites. Mais cela se joue de peu, de très peu.
Six Feet Under est une série en 5 saisons créée par Alan Ball qui nous raconte les événements se déroulant dans une famille travaillant dans le milieu des pompes funèbres depuis des décennies. Tout se déroulera autour de Ruth, la mère veuve éplorée, de Nate, l’aîné de la famille qui doit revenir bien malgré lui bosser dans le commerce de la mort, de David, le dernier fils qui peine à assumer son homosexualité et de Claire la cadette, lycéenne qui se cherche. Ajoutons à cela Rico, l’hispanique qui travaille au sein de la société Fisher and Sons en tant qu’embaumeur.
Ce petit monde se retrouve réuni dès l’épisode pilote suite au décès du père de la famille Fisher et gérant de l’entreprise familiale. Bon gré, mal gré; ils vont devoir apprendre à vivre ensemble et à se supporter durant cette épreuve de deuil. Voilà le pitch de départ.
Dès le premier épisode le ton est donné. La série tournera autour de la mort et du commerce qui en découle. Le ton sera très souvent sarcastique et l’humour généralement noir. Il faudra d’ailleurs s’attendre à plusieurs scènes assez dures visuellement dans la salle d’embaumement. Car rien n’est caché. Les techniques de reconstruction afin de présenter les corps des défunts aux familles nous sont montrées sous toutes les coutures. On sent qu’un vrai travail de recherche a été fait pour représenter au mieux ce corps de métier. Et honnêtement, l’on ressent aussi tout le respect qui est dû à ces personnes qui s’occupent de nos défunts.
En plus du travail sur la véracité et sur l’authenticité du métier; un véritable travail a été fait sur la caractérisation des personnages et leur évolution au fil des années.
De ce point de vue, la série a fait un travail d’orfèvre. Les personnages évoluent de manière cohérente et intelligente au fil des épisodes. Rien n’est jamais abrupt ou too much dans le changement de leurs idées et/ou de leurs valeurs.
Prenons l’exemple de Nate  l’écolo rebelle play-boy qui fuit la mort et l’entreprise familiale à tout prix qui se retrouve catapulté croque mort. D’abord réticent, il va comprendre peu à peu que son nouveau métier fait du bien aux gens et va finalement le respecter et s’y investir. Ses convictions les plus profondes vont évoluer selon les événements tragiques de son existence. L’athée convaincu finira même par trouver une sorte de foi.
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Ou encore Rico que l’on adore dès les premiers épisodes. On est horrifiés de découvrir assez vite que son personnage a des relents homophobes et beaucoup de préjugés. Alors que c’est un individu qui attire la sympathie! La force de la série se situe ici. Dans la finesse avec laquelle les sentiments humains sont traités. Personne n’est ni bon ni mauvais. Tout est affaire de subtilité, de ressenti, de vécu du personnage. Les dialogues, les mimiques, les réactions; tout est calculé et tout sonne tellement authentique. Ce sont des individus comme vous et moi qui échangent leurs joies et leurs peines.
La série est une totale réussite dans l’appropriation des sentiments humains et l’on peut tous s’identifier ou identifier quelqu’un que l’on connaît à tel ou tel moment de la série. Pertinent et admirablement bien écrit. Une véritable leçon de subtilité.
Cette authenticité qui nous saute à la tronche ne serait rien sans l’interprétation géniale des acteurs. Tous, ils sont éblouissants. On vit leurs drames comme si nous les subissions aussi. On s’attache vite à cette famille et leurs douleurs finissent par devenir les nôtres aussi. Il en va de même pour leurs joies, leurs mésententes, leurs colères….
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Quel talent ils ont tous! Grace à un scénario béton, ils finissent tous par être touchants et même ceux que l’on détestait au début de la série. Lorsqu’on repense aux personnages qu’ils étaient en saison une c’est là qu’on ressent tout le parcours initiatique traversé par chacun d’eux.
Car cette série est une initiation. Une réflexion sur la vie et sur notre regard sur la mort. Chaque épisode (ou presque) commence par un décès. Drôle, horrible, pathétique… La suite est une analyse des individus face à ces événements inattendus. Comment les vit-on? Comment un chacun les ressent? C’est du grand art.
La série est une experte pour nous questionner sur chaque sujet de société. En plus de la mort et de l’importance de profiter de la vie, elle nous interroge sur le végétarisme, le mariage, la sexualité, l’homosexualité, l’adoption, la religion…Bref, elle brasse large et se trouve être un constant laboratoire de l’humain dans notre société actuelle.
Du tout bon. Du soin apporté à l’écriture au jeu d’acteur magnifié, nous sommes là devant un chef d’oeuvre.
Mention particulière à Michael C. Hall (que vous connaissez sûrement pour avoir interprété le personnage de Dexter le tueur psychopathe) qui est saisissant dans le show. Il joue tellement bien. C’est dingue comme l’empathie se fait automatiquement avec lui.
En bref, on rit, on pleure et on s’étonne à s’attacher à cette famille pas comme les autres.
Mais pourquoi je ne l’érige pas au rang de mes séries cultes? Déjà car ce feuilleton est une série dramatique et qu’elle ne traite pas d’un de mes sujets de prédilection. Mais aussi car son obsession du réalisme en fait une série très lente. On a du mal à s’intéresser à ces personnages au début car tout avance très lentement. Les storylines prennent leur temps par souci de réalisme mais cela fait qu’on a l’impression de stagner. Cela se ressent surtout sur les premières saisons. Il est donc assez difficile au départ de trouver la motivation à poursuivre la série. Ce qui est fort dommage car comme le bon vin, elle s’améliore de saisons en saisons et finit dans une apothéose d’émotions.
Les 5-6 derniers épisodes de la série sont un enchaînement d’émotions incroyables. Que c’est bien écrit et bien rythmé! Tout nous prépare pour un final touchant. Et bordel, ce final! Mais quel final!
Pour moi, la dernière séquence de la série est d’une réussite totale. Sûrement la meilleure fin de série que je connaisse. Que de tristesse et d’émotions!
En quelques minutes, le message de la série prend tout son sens et  ses minutes concluent cette oeuvre de manière grandiose. En gros, aimez la vie comme elle vient. Aimez vos proches. Acceptez les drames de la vie car ils lui donnent tout son intérêt. Allez de l’avant et ne vous ressassez pas le passé.
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Cette série est un monument de douceur. Un cri d’amour de l’espèce humaine. Un appel à vivre notre existence absurde comme un feu d’artifice.

Ma note:8,5/10.

2 réflexions au sujet de « Six Feet Under »

  1. Moi qui adore l’humour noir, je me régalais de la voir « en clair » sur Canal Plus à l’époque, et en VOSTFR. Mais ma mère n’aimait pas cette série et je n’avais jamais su aller plus loin que la moitié de la saison 1.

    Elle me hantait et un jour, j’ai pompé toute la série, mais pas encore eu le temps de la faire toute… et purée, les années passent trop vite.

    Quelle est ta série préférée de tous les temps ? (du moins, jusqu’à ce mois de novembre 2016).

    1. Oulah, difficile question. Ma série préférée change selon mon etat d’esprit du moment en fait mais j’hésite entre Lost, the Shield, X-files ou Black Mirror.

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