T2 TRAINSPOTTING (2017)

Bon sang que le retour de la bande de junkies de Trainspotting fait du bien! Moi qui craignait un film opportuniste, à but presque uniquement lucratif, et bien il n’en est rien!
Trainspotting 2 ou T2 (appelé comme cela uniquement pour faire chier Cameron et son Terminator 2 d’après Boyle) est un film jouissif mais profondément dépressif.
20 ans après, Danny Boyle revient avec la bande d’acteurs du premier film culte et nous livre un constat plutôt alarmant mais toujours ironique d’une génération paumée nostalgique d’une pop culture qui semble leur échapper.


Renton (Ewan McGregor toujours aussi bon), Spud, Sick Boy et Begbie ( un Robert Carlyle possédé et dans la surenchère comme toujours) sont de retour! La mère de Renton décède et le voilà donc qui revient dans son Edimbourgh natal 20  années après s’être barré vivre à Amsterdam en emportant le pactole qu’il avait volé à ses potes.
Semblant apaisé, libéré de la drogue et s’étant construit une vie rangée; il va retomber sur ses anciens camarades de débauche et les choses ne vont pas vraiment se passer comme prévu.
T2 est une petite bombe qui nous prouve que son réalisateur de talent, Danny Boyle (Trainspotting 1 forcément mais aussi Sunshine, 28 jours plus tard, Slumdog Millionaire…) n’a rien perdu de sa férocité cynique et de ses idées brillantes de mise en scène.
A croire que retrouver toute la petite bande l’a fait rajeunir et trouver un second souffle dans sa réalisation. Même si ses derniers films n’ont pas à pâlir. Mais avouons le que c’était bien plus consensuel.


T2 est un film qui a la gueule de bois. Edimbourgh a la gueule de bois. Les héros ont la gueule de bois. Et les spectateurs aussi. Ce film s’adresse aux quarantenaires qui subissent de plein fouet le spleen d’une jeunesse qui leur échappe. D’une partie de leur existence qu’ils ne retrouveront plus. Ceux qui il y a 20 ans ont adoré les aventures de Renton, vont se reconnaître aisément à travers ce film. Sorte de dépression assumée qui nous est projetée en pleine tronche, Trainspotting 2 est un film qui pleure sur les cendres d’une époque pop dans laquelle l’Angleterre brillait. seulement, aujourd’hui, avec le brexit, la crise, le modernisme fulgurant, elle a la gueule de bois…Comme nos héros qui ne reconnaissent plus la ville de leur enfance. Qui ne comprennent plus le monde dans lequel ils vivent. Tout a changé trop vite…Sauf l’existence de certains qui se poursuit à travers les drogues et les impasses sociales.


Comme je l’écrivais plus tôt, le film est teinté d’une profonde tristesse emballée dans une cruauté cynique. La nostalgie appuyée par des scènes d’enfance des héros et des remémorations du premier film est loin d’être douce. Elle fait mal.
Elle appuie sur le fait qu’une existence défile à toute allure et que l’on a pas le temps de regretter. Nos héros sont tourmentés, toujours aussi déjantés et perdus (certainement plus encore avec l’émergence des réseaux sociaux et de tous ses nouveaux codes actuels qui les dépassent) et sont carrément le reflet d’une tranche de la population qui vit dans le passé à défaut d’être à l’aise dans le monde présent.
Beaucoup de gens se reconnaîtront dans les tourments des personnages. Moi je m’y suis retrouvé, comprenant ce sentiment que tout fout le camp, cette étrange sensation de ne plus être à notre place, de regretter les années 90.


Il est d’ailleurs intéressant de voir comment dans le film une femme de l’est constate que nos héros vivent dans le passé alors que les personnes comme elles ne cherchent à vivre que dans l’avenir. Une sorte de constat sur les occidentaux plutôt aisés nostalgiques du passé alors que les populations moins aisées et moins bouffées par le consumérisme se projettent uniquement dans l’avenir pour vivre. Il y a tant de messages puissant et de pistes de réflexions intéressantes dans ce film…
Le film brasse incroyablement large. Attaquant le consumérisme , questionnant sur les chocs culturels et générationnels, s’attardant sur les problèmes sociaux et la crise économique…Et toujours la dope comme échappatoire…Comme fuite à ce total non sens qu’est l’existence humaine.
Bravo Monsieur Boyle. Car cette suite est une bonne suite. Une réussite à tous les niveaux.
Je dis tous les niveaux car en plus d’une histoire qui se laisse suivre agréablement abordant des tonnes de sujets, les acteurs sont tous très bons et surtout Boyle fait des merveilles. Certaines scènes font preuve de poésie, d’ingéniosité et d’audace. Peut-être le film est moins fou visuellement que le premier mais certains plans invitent au respect. Certaines idées de mise en scènes sont aussi très éloquentes et inventives et ne nécessitent aucune explication. Juste la puissance de l’imagerie suffit à nous faire comprendre l’intensité dramatique de l’instant.


En plus, le film fourmille d’allusions au premier et de références mais sans que cela ne soit du fan service inutile et paresseux. Les thèmes du premier, les scènes du premier sont revisités, réinterprétés pour donner un sens à ce second film. C’est réellement du bon travail, loin de se foutre des spectateurs car dans la plupart des suites on cherche juste à surfer sur la vague de nostalgie du film précédent en recyclant les moments forts du film précédent. Ici, si recyclage il y a, c’est pour voir la chose sous un autre angle. Plus pessimiste ou avec les yeux d’un individu plus mature qui réinterprète les dialogues d’une autre façon…Enfin, bref, c’est fort.
La bande son est aussi réussie que pour le premier. D’ailleurs Iggy Pop qui est une pièce essentielle du premier film et dont il est aussi intelligemment question dans celui-ci (dont la chanson culte de Trainspotting est utilisée de façon maligne) a récemment sorti un album appelé Post Pop Dépression. Et je trouve que ce terme est parfait pour définir ce film. C’est un film sur la Post Pop dépression de toute une génération.


Mais attention, ne croyez pas que le film est un film dans lequel on se morfond avec tout ce que je viens d’écrire. Comme le premier, il reste drôle et vous ne pourrez vous empêcher de rire devant certaines séquences. Spud est toujours aussi allumé, Begbie aussi excessif et l’absurde dans lequel se mettent nos héros va forcément prêter à sourire. C’est une comédie dramatique. Donc oui, le film est sombre mais blindé d’humour aussi.
Une suite qui n’a pas à rougir du premier. Je ne pense pas que ce film soit supérieur au précédent mais il reste un divertissement solide. Drôle mais profond. Extrêmement bien réalisé (je n’ai même pas abordé le jeu des lumières dans le film) qui offre son lot de moments d’anthologie et de pépites filmiques appuyé par le jeu solide d’acteurs dont il semble évident qu’ils prennent plaisir à se retrouver des années après.
Loin d’être une suite inutile, il est une continuité logique avec un regard cinglant et acerbe sur des personnes qui ont raté leur existence. Corrosif, voire abrasif mais toujours ironique; T2 est la preuve qu’une suite peut s’élever au rang d’oeuvre à la puissance évocatrice aussi forte que le premier même 20 ans après. Une leçon de cinéma.


Ma note: 9/10. Coup de Coeur

2 réflexions au sujet de « T2 TRAINSPOTTING (2017) »

  1. Je suis heureuse de lire ta chronique, vraiment, elle est superbe, très juste, poussée et finalement, la mélancolie que j’ai éprouvé, tu as su me l’expliquer par un phénomène générationnel (bien que je sois trentenaire plutôt que quadra) mais le fait est que c’est vrai.
    J’ai lu une chronique qui descendait le film ce matin, alors j’avais un peu peur de ne pas avoir été du tout objective, mais tu me rassures, au final je pense que ce qui fait sens pour les uns ne le fait pas forcément pour les autres.

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