The leftovers (Depuis 2014)

Le 14 octobre 2014, deux pour cent de la population humaine mondiale disparaît. Sorte de ravissement, ils s’évaporent dans la nature sans aucune explication. Si cela peut paraître peu, n’être qu’une goutte d’eau, ces disparitions inexpliquées vont laisser le reste de l’humanité dans le doute. Apeurés, perdus, endeuillés et ne trouvant plus de sens dans leurs existences; les hommes vont commencer à se diriger  inexorablement vers leur destruction. Ceux restés, les « leftovers » sont les personnes sur lesquelles la série va s’attarder. On va suivre leur obstination à s’accrocher à l’existence dans un monde qui n’a plus de sens. Un monde sur le déclin.

 

The Leftovers nous fait suivre Kevin Garvey ( sidérant Justin Theroux), modeste shérif de la ville de Mapleton aux Etats-Unis. Sa femme a rejoint une secte étrange qui s’est créée peu après le ravissement du 14 octobre. Secte qui semble s’évertuer à rappeler à ceux restés le drame vécu par l’humanité . Son fils est parti suivre un obscur gourou au Texas. Il reste seul avec sa fille essayant désespérément de maintenir un semblant de cohérence dans une ville à bout de souffle, complètement brisée par le ravissement.

 

Autour de lui gravitent d’autres personnages que l’on va suivre simultanément tels que Matt ( Christopher Eccleston plus connu pour avoir incarné un Docteur Who), un prêtre s’accrochant désespérément à sa foi alors que plus personne ne semble vouloir encore croire en Dieu ou bien encore Megan (Liv Tyler à fleur de peau, Arwen pour les geeks), femme perdue cherchant à rejoindre la secte des Guilty Reminders.
Vous l’aurez compris, the Leftovers n’est pas une série joyeuse. Elle traite de thèmes sérieux, mâtures et profondément tristes. Une série à déconseiller si vous êtes dépressifs. Et pourtant…elle fait tellement de bien à l’âme. Elle nous entraîne dans un maelstrom d’émotions qui ne vont plus nous quitter de tout le voyage. C’est fascinant et surtout très touchant de voir ces gens emplis de désespoir se débattre pour redonner sens à leur vie. Comme le dit un des acteurs à un moment: « plus personne ne va bien. Même ceux qui font mine d’aller de l’avant et d’oublier; ils ne vont pas bien. » Effectivement suite à la Grande Disparition, il reste toujours en chaque homme cette peur, cette angoisse, cette inéluctabilité, cette grande inconnue, cette vérité qui les font se réveiller la nuit et les font se sentir seuls et perdus…même bien entourés…

 

Je vous le dis clairement, The Leftovers est devenue en deux saisons ma série préférée. Incontestablement. Là, où je m’abreuve de séries pop-corn pour ados signées Netflix ou de grosses machines de guerre du genre Walking Dead ou Game of Thrones menées telles des grand huit afin de nous maintenir toujours en haleine; The Leftovers m’a bousculé en proposant un contenu adulte. Posé. Réfléchi et profondément philosophique. Une série qui est plus à ranger dans la veine des Twin peaks, Six Feet Under et surtout Lost.
Je m’explique.
Déjà, cette série est scénarisée par Damon Londelof, co-scénariste de Lost. Et elle traite des mêmes thèmes, des mêmes obsessions alors qu’elle est complètement différente! Dans Lost il était question de trouver un sens à sa vie, de solidarité, de chercher à conserver à tout prix son humanité malgré des évènements menant à un total désespoir, de l’importance de rester proche des gens qu’on aime…ça parlait de la mort, de notre rapport à la mort, du deuil, de l’amour, de la foi..il est question des mêmes choses dans The Leftovers. En mieux. En plus puissant. En mieux maîtrisé.
Là où Lost cherchait à donner des explications à des phénomènes étranges et cherchait à maintenir des audiences et un public plus calibré teenager en haleine alors que les explications n’étaient pas forcément nécessaires (le propos de la série n’était pas ses mystères même s’ils en étaient son sel); The Leftovers ne cherche pas inutilement à justifier ce qu’il s’y passe. Elle ne sombre pas dans le fantastique SF et reste très terre à terre. D’ailleurs ne vous attendez pas à une série genre X-Files après le pitch de base. Cette disparition mondiale est le seul élément fantastique de la série. N’attendez pas aussi des explications sur où sont les disparus, pourquoi, comment…Il n’y en aura jamais je pense, et je l’espère même. Là, n’est pas l’intérêt du show.

 

On peut louer la chaîne HBO (Game of Thrones, OZ, True Detective, bref des séries de qualité)  qui laisse une liberté artistique totale à Lindelof et ce malgré une audience famélique. Les retours plus que bons autour de la série auront fini de conforter la chaîne de laisser le scénariste opérer tranquillement sans chercher à faire dans le sensationnel.
La série est menée comme Lost. On suit plusieurs protagonistes qui se croisent et voient les mêmes évènements mais sous un angle différent. Il y a des scènes étranges très « Lynchiennes ». Des épisodes totalement hors du contexte de la série semblant être des songes distillant plein d’indices et surtout il y a une importance énorme accordée à la musique.
Bordel, ce que la musique est géniale et contribue à nous émouvoir encore plus! Elle porte la série à bout de bras!

 

Si Lost nous avait révélé Michael Giacchino avec ses compos géniales, Leftovers met en lumière Max Richter (le mec derrière les musiques de Black Mirror, Shutter Island ou encore Premier Contact) bon sang ce que ce type est doué! Juste wouaw car ses morceaux accompagnent les images à la perfection.
Et la musique ne serait rien sans une réalisation impeccable pour l’accompagner. Tout en retenue et en sensibilité , chaque scène est filmée avec une précision de métronome. Le tout offrant nos âmes aux émotions vives du show.
Et que dire des acteurs???? Enormissimes. On pleure avec eux et on ressent leurs souffrances comme jamais. Ils semblent entièrement dévoués aux peines et aux solitudes de leurs personnages. Bon sang ce que Justin Theroux se dévoile génial dans cette série! En plus d’être le mâle sexy ultime (ah Jennifer Aniston, sa femme, a tiré le gros lot là!) il est d’une sensibilité à fleur de peau qui crève l’écran. Mais tous en fait!

 

Alors oui la série est lacrymale à souhait et elle ne s’en cache pas. Mais ça fait un bien fou.
Alors forcément elle ne plaira pas aussi à tout le monde car elle est très loin des sentiers balisés des séries mainstream qu’on nous sert depuis des années. Elle est lente, il y a parfois peu de dialogues (mais au moins ils ne sont pas inutiles et stupides) et elle ne nous offre pas de scènes d’action afin de maintenir nos cerveaux éveillés. C’est subtil. C’est vrai.
Il y a tant de moments forts, de scènes qui restent inscrites dans la rétine. Lorsque j’y repense j’ai envie de revoir tant d’épisodes…
Si la saison 1 a quelques défauts mais est déjà inoubliable, il est difficile de se dire que la saison 2 la surpasse allègrement en tous points. J’ai été mené par cette série dans un incroyable voyage sensitif. Dur, émouvant, perturbant mais initiatique et ô combien purificateur.

 

Il n’y a pas de mots pour définir à quel point cette série m’a bouleversé. Etonné aussi, par des twists renversants. Avec un scénario aux petits oignons et une intelligence folle dans la manière d’aborder tant de sujets sensibles; The Leftovers s’érigera d’ici quelques années au panthéon des grandes séries de l’histoire de la télévision. Je n’en doute pas.
Un monument d’émotions avec des acteurs au diapason. Une série qui laisse longtemps songeur et donne envie de s’accrocher dur comme fer aux gens qui nous entourent. Un électrochoc sur une humanité au bord du précipice qui nous donnera envie de chercher quel est le sens de notre existence. Quel est notre but à nous? C’est d’une force évocatrice incroyable tout en entrant jamais dans le pathos cliché. Voir tous ces gens au fond du trou, cherchant à oublier, à aller de l’avant ou à contrario ne voulant pas oublier et restant dans le deuil constant fut pour moi un moment d’intimité échangé avec des personnages fictifs si intense que j’ai eu l’impression de les connaitre. De vivre avec eux.

 

Une série d’une justesse et d’une finesse rare. Une série qui n’a pas peur de se renouveler complètement en plus et de perdre son spectateur en enchaînant sur un tout autre sujet après un cliffhanger de malade. Couillue mais jamais putassière, on tient là un petit bijou de narration.
Il a peut-ètre fallu que je m’accroche à certains moments mais je ne regrette rien car The Leftovers a été une révélation pour moi comme j’en ai rarement.
Et j’attends sa saison 3 (qui sera la dernière) comme un messie qui me sortira du marasme ambiant des séries mainstream qui, si pour la plupart sont pourtant bonnes et agréables à suivre, sont d’une qualité bien moindre c’est indéniable.
J’aime trop ce show. Réussi sur tous les points. Vraiment. Quelques petits détails qui peuvent gêner mais ça n’entâche en rien l’impact de l’ensemble de l’oeuvre.

 

 
Ma nouvelle série préférée (avec Lost car bon, les amours de jeunesse ont ce charme suranné qu’on ne peut oublier) pour l’instant.
 

Ma note: 9,5/10. Coup de Coeur

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